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Yvette Guilbert, Henry-Claudius Forestier, Maurice Baud. Histoire d’une affiche

Yvette Guilbert, Henry-Claudius Forestier, Maurice Baud

Histoire d’une affiche

 

Par Jean-Charles Giroud

 

Yvette_Guilbert_by_André_SinetAu début du vingtième siècle, la chanteuse Yvette Guilbert (1865-1944) bénéficie d’une célébrité considérable. Elle anime les folles soirées de tous les cabarets et cafés-concerts à la mode, du Chat Noir au Moulin Rouge en passant par le Divan Japonais. Consciente de sa propre valeur et de l’importance de sa publicité, elle ne commande d’affiches qu’aux meilleurs spécialistes de son époque, parmi lesquels Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923), Charles Léandre (1862-1934), Ferdinand Bac (1859-1952), Henri Gabriel Ibels (1867-1936), Jules Chéret (1836-1932). Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), à qui elle refuse une affiche trop peu flatteuse en 1894, l’immortalise dans plusieurs albums de lithographies et dans son affiche Divan Japonais (1892), en lui coupant la tête pour ne laisser apparaître que sa silhouette reconnaissable entre mille !

 

 

L’affiche pour Yvette Guilbert
HC ForestierEn 1910, Yvette Guilbert demande au Genevois Henry-Claudius Forestier (1875-1922) une nouvelle affiche. Chantant depuis plus de vingt ans, elle n’est encore qu’au milieu d’une carrière exceptionnellement longue puisqu’elle ne se termine qu’en 1938. Elle revient alors d’une désastreuse tournée en Amérique du Nord et cherche à renouer avec le succès. Quant à Forestier, il vit à cette époque un tournant de son évolution artistique. Il se consacre de plus en plus à la peinture après avoir fait la gloire de l’affiche artistique suisse naissante. Dans ce dernier domaine, son œuvre connaît une renommée dépassant largement les frontières suisses. La prestigieuse commande d’Yvette Guilbert le montre.

 

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L’affiche de Forestier pour la chanteuse parisienne reprend les dimensions des affiches de spectacles toujours un peu plus petites que les commerciales. Elle mesure 102 x 69 cm. Composée de sept couleurs (noir, écarlate, orangé, rose, jaune paille, vert mousse, gris), elle nécessite de la part de l’artiste une parfaite maîtrise de la technique lithographique. L’imprimerie chez qui elle est tirée, les Etablissements J. Minot, possède d’ailleurs une large expérience de l’affiche en couleurs.

Yvette Guilbert est représentée dans une robe de scène agrémentée d’une longue écharpe noire. Sa main gauche tient un bouquet de fleurs. La chanteuse semble posée sur une scène dont le décor serait le paysage campagnard de l’arrière-plan et le nimbe de nuages dont elle est entourée. Les plans successifs s’additionnent sans profondeur vu la technique des aplats utilisée. L’ensemble est dessiné avec le trait épais qu’affectionne Forestier.

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La Bibliothèque de Genève conserve deux lettres de l’artiste signalant la réalisation de cette œuvre[1]. Hâtivement griffonnées, elles sont destinées à son ami Maurice Baud (1866-1915), alors secrétaire d’Auguste Rodin (1840-1917) à Paris. La première n’est pas datée (une main a rajouté « 15-XII-10 » qui correspond bien à un jeudi, jour que Forestier mentionne) : « Jeudi. Mon cher Baud, je suis ici pour quelques jours j’ai à faire une affiche pour Yvette Guilbert et tacherai de te voir au plus vite quand je serai débarrassé de mes courses Boul. Berthier ou elle habite, moi je suis chez Fontanez 3 Cour de Rohan, il est encore à Genève jusqu’en janvier. Bien à toi. H.-C. Forestier ». Sur la seconde, la même main a rajouté « 13-XII-1910 » (cette date par contre est manifestement fausse puisque le 13 décembre 1910 est un mardi ; il s’agit vraisemblablement du samedi 17 décembre) : « Samedi. Mon cher ami, je serai toute la journée chez Minot rue Lacordaire à Javel, mais si tu le veux bien trouve toi vers 6 heures aujourd’hui au 2 Magots mon omnibus descend en face. Bien à toi. H.-C. Forestier ».

DSC_0305La première lettre montre Forestier s’activant entre l’imprimeur – où il dirige lui-même selon son habitude le tirage des épreuves – et sa commanditaire, Yvette Guilbert, à laquelle il soumet son travail. C’est probablement à l’occasion de l’une de ces rencontres que la chanteuse lui demande d’utiliser pour son visage un portrait gravé sans doute plus avantageux que le trait large de l’artiste genevois. Cette intervention donne d’ailleurs un curieux effet à l’affiche. Le modelé et le détail du visage contredisent la simplicité des moyens artistiques utilisés par Forestier.

Cette correspondance témoigne aussi de l’amitié des artistes genevois et de leurs liens avec Paris. Maurice Baud, Jules Fontanez et H.-C. Forestier sont très actifs à Genève, entre autre dans le domaine de l’affiche. Leurs relations se prolongent naturellement à Paris où chacun a déjà passé plusieurs années. Forestier y a séjourné et travaillé de 1891 à 1896. Aimant toujours les lieux à la mode, il veut rencontrer Baud aux Deux-Magots, l’un des endroits les plus fréquentés par les artistes.

 

Maurice Baud, artiste et théoricien

DSC_0309Il vaut la peine de s’attarder sur la personnalité de Maurice Baud. Il partage avec Forestier la passion de la gravure sur bois. Sa vie se déroule entre Genève, d’où il tire ses origines, et Paris où il passe une grande partie de sa vie dès son enfance. Très tôt, il s’introduit dans les milieux artistiques les plus avancés de la capitale française. Il rencontre les impressionnistes qu’il apprécie vivement et les symbolistes pour lesquels il marque plus de réserve. La nécessité de vivre ne lui permet pas de donner libre cours à son inspiration. Il doit trop souvent se limiter à graver des planches de son ami Louis Dunki (1856-1915), dont la renommée parisienne est grande, ou les tableaux de son cousin Auguste Baud-Bovy (1848-1899). Il est un des fondateurs du Cercle des arts et des lettres de Genève au sein duquel prend forme la Société suisse d’affiches artistiques, point de rassemblement de toute l’école genevoise d’affichistes.2016-06-02 10.52.22

Maurice Baud se veut avant tout un imagier. Cependant, c’est autant par sa production artistique que par son activité littéraire et théorique qu’il exprime ses idées. Au travers de certains écrits, il développe une savante théorie de l’image qui permet de mieux comprendre les affiches de Forestier et en particulier celle consacrée à Yvette Guilbert.

DSC_0312En 1898, dans le premier et unique numéro de la Maison des artistes, organe du Cercle des arts et des lettres, il explique que « l’image est l’application directe de la forme à l’expression d’une idée[2]. Plus loin, il continue : « La voici, simplette, dans son cadre modeste, au mi-jour propice de la chambre. Ce sont des êtres, bêtes ou hommes, dans quelques paysages. Le faire en est sobre, le dessin très écrit, l’effet nullement équivoque… N’y accumulons ni les taches, ni les couleurs, ni les nuances… Que tout y induise l’idée stricte, clairement exprimée, sans détails puérils qui retarderaient l’impression ; la forme n’est ici qu’un moyen… ». Dans une lettre adressée à Auguste Baud-Bovy datée de 1896 déjà[3], il précise : « On peut concrétiser le symbole par l’image… [qui se doit] d’induire l’idée directe, de l’exprimer comme la parole exprime, mais jusqu’aux mots exclusivement. » L’image a donc une dimension sociale fondamentale tant dans son inspiration, qui doit se faire à une source commune de symboles, que dans sa dimension communicatrice puisqu’elle se doit d’être compréhensible immédiatement par le plus grand nombre. Elle ne doit donc faire appel qu’à des sortes d’archétypes sociaux, contrairement à la peinture qui, pour Baud, ne doit que suggérer l’idée que le peintre veut transmettre.

Cette pensée, largement influencée par l’enseignement de Barthélémy Menn (1815-1893), le rattachent, et avec lui tous les imagiers genevois, au mouvement artistique qui, en France et ailleurs, (re)découvrent l’art de l’illustration. Avec celui-ci, les artistes retrouvent avec passion le Moyen Âge et la finalité que les artistes médiévaux imposaient à leurs œuvres : transmettre la connaissance sacrée. Baud écrira un ouvrage entier sur les cathédrales[4] dans lesquelles il voit la manifestation la plus parfaite de la transformation en images sensibles des conceptions religieuses chrétiennes. Il aura plus tard cette phrase aux résonances mystiques : « Les caractères extérieurs ne sont que les signes visibles de l’ordre intérieur duquel toute forme procède… »[5].

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L’image doit dont être simple, directe et populaire. Ce qui n’empêche qu’elle porte un enseignement profond, sans compromission, sans simplification outrancière. Le rôle de l’imagier sera de créer, de prendre dans la nature les formes nécessaires à l’expression d’une idée et de concevoir son œuvre de telle manière que le spectateur puisse faire le chemin inverse, c’est-à-dire qu’à partir de la forme il retrouve l’idée originelle du créateur. Pour que l’image soit vue, et par là qu’elle atteigne son objectif, il lui faut un moyen de diffusion exceptionnel : l’affiche artistique. Celle-ci doit envahir et embellir la rue, lieu privilégié de la vie. Même éphémère, elle doit amener les passants à rechercher, à reconstituer sous l’apparence des formes le sens réel de l’existence.

Lourd programme en vérité. Mais Maurice Baud exprime des principes que Forestier, qui n’a rien publié, partage sans aucun doute. Ses affiches en sont la preuve et celle-ci en particulier. Pour lui, les images d’Epinal sont une des expressions les plus caractéristiques de cet art. L’iconographie qu’elles utilisent, les textes qui les accompagnent font d’elles le dépôt et le media d’un savoir populaire et traditionnel fondamental pour l’identité sociale d’un peuple ou d’une nation. L’affiche consacrée à Yvette Guilbert ressemble à une telle image. D’abord dans son style simple et direct où les détails sont sacrifiés au profit de l’impression générale de beauté et de sérénité qu’il obtient avec un minimum de moyens. Mais surtout dans son message.

 

Une lecture à plusieurs niveaux ou du concret au céleste

DSC_0306Comme toute image, cette affiche peut se lire à plusieurs niveaux. On peut simplement y voir l’annonce d’un spectacle d’Yvette Guilbert. Mais c’est également et surtout une allégorie de l’art. La femme est ici conçue dans son rôle d’annonciatrice de fécondité. Comme l’art, elle révèle, dans la conception et l’enfantement, des formes nouvelles et cachées de la vie. Ce symbolisme est accentué par le bouquet de fleurs que tient de sa main gauche Yvette Guilbert. Les trois fleurs posées en triangle régulier au milieu du bouquet forment le centre exact de l’affiche, comme pour marquer le point focal de l’œuvre vers lequel doit tendre toute sa dynamique. Chaque fleur – marguerites, reines-marguerites, roses, lilas, rudbeckias – exprime les œuvres que l’artiste enfante puis offre au public.

Forestier renforce l’aspect végétal et bucolique de sa composition par le paysage très verdoyant du deuxième plan et par l’arbre sur lequel la chanteuse semble s’appuyer. La nature, comme la femme, comme l’art, donne forme aux forces vitales de l’univers. L’arbre exprime particulièrement bien cette révélation dans le lien qu’il établit entre le ciel et la terre. Cette rencontre est au fond le thème central de l’affiche dont l’aspect spirituel est accentué par le nimbe de nuage que Forestier dessine autour de la chanteuse. Ce procédé cher au peintre Ferdinand Hodler (1853-1918) que Forestier connaît bien valorise encore plus le personnage en amplifiant son rôle de médiatrice divine. Pour la petite histoire, relevons qu’il s’agit là des seuls nuages d’orage des affiches de Forestier. Marque d’artiste pour concrétiser des relations peut-être tumultueuses avec Yvette Guilbert suite au refus de celle-ci de voir Forestier dessiner son visage.

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Cependant, la signification de cette affiche ne s’arrête pas là. Elle fait partie d’une série de trois que Forestier compose en 1910, toutes construites sur le même modèle et toutes consacrées à l’annonce d’un événement artistique[6]. Le côté local des deux premières, des expositions de beaux-arts à Zurich et à Genève, est plus prononcé soit au niveau du paysage de l’arrière-plan qu’à celui du costume de la femme. Cette répétition du même thème ne doit rien au hasard. poster_107290_zUne telle trilogie se retrouve d’ailleurs sous des formes diverses dans l’œuvre d’autres artistes de cette époque, comme par exemple Edouard Vallet (1876-1929)[7], Edmond Bieler ou Ferdinand Hodler. Celui-ci réalise en 1914 un carton d’invitation à une soirée de gala à Genève au profit des œuvres françaises de bienfaisance montrant précisément trois femmes en pied reprises de son tableau « Regard dans l’infini » terminé en 1916, mais commencé précisément en 1910[8]. Elles évoquent les trois Grâces antiques dispensatrices chez les hommes des joies et du bonheur célestes. Sans nul doute, ces artistes puisent à cette « source commune de symboles » évoquées par Maurice Baud en 1898.

 

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Avec un dessin simple, des formes réalistes, une riche symbolique, Forestier suit les principes énoncés par Maurice Baud. A travers cette œuvre, il concrétise une vision du monde que le spectateur attentif peut reconstruire. Il réussit à dépasser la simple annonce d’un concert et amène le passant à réfléchir sur le sens de l’art, sur le sens de la vie. Il est intéressant de relever que les symboles utilisés ont une universalité certaine. On les retrouve à d’autres époques et dans d’autres traditions et contextes. Dans l’iconographie catholique, la Vierge Marie a donné lieu au développement de représentations très proches. En Extrême-Orient, le bonheur est symbolisé par trois personnages incarnant la fécondité familiale, la connaissance et la longévité, aux attributs très évocateurs : un enfant, un fruit, un rouleau de papier scellé, un bâton.

 

5871La conception du rôle de l’affiche que supposent de telles idées est originale. Elle diffère profondément de celle développée à Paris en particulier, où les affichistes utilisent volontiers un répertoire grivois, voire érotique pour influencer le comportement du passant. L’ironie et l’humour piquant des affichistes français évoquent au fond la dimension dramatique d’une existence absurde. Cette conception froide et cruelle est en contradiction directe avec la volonté des artistes genevois qui cherchent à amener le spectateur, maître de lui-même, à se dépasser pour accéder à une vision beaucoup plus optimiste de la vie.

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Mais cette approche est-elle vraiment applicable à l’affiche publicitaire ? Est-elle suffisamment efficace pour convaincre les industriels et les commerçants de son utilité ? Les difficultés rencontrées par la Société suisse d’affiches artistiques, devenue plus tard l’Imprimerie et lithographie Sonor, pour obtenir des contrats publicitaires semblent montrer le contraire. Après la Première guerre mondiale, l’affiche politique suisse n’aura que faire de telles considérations de même que les agences publicitaires qui dominent de plus en plus le domaine.

A Genève, les affiches de l’Imprimerie Sonor resteront marquées par une exigence artistique marquée. Cependant, sa concurrente, l’Imprimerie Atar, maintiendra avec succès la tradition locale de l’affiche strictement publicitaire avec des artistes comme Reno, Noël Fontanet (1898-1982), Percival Pernet (1890-1977).

 

Version revue et complétée de l’article suivant :

Jean-Charles Giroud, « Yvette Guilbert, Henry-Claudius Forestier, Maurice Baud : histoire d’une affiche ». Dans : Musées de Genève, 1989, n° 295, pp. 13-21.

 

Liste des illustrations

Yvette Guilbert, par André Sinet.

L’affiche de Forestier pour Yvette Guilbert. 1910. Lithographie en couleur. 102 x 69 cm.

Henry-Claudius Forestier. Autoportrait. Vers 1910.

Première lettre de Henry-Claudius Forestier à Maurice Baud. 1910.

Affiche de Forestier. Détail du visage d’Yvette Guilbert.

Portrait de Maurice Baud par le peintre genevois Alexandre Blanchet (1882-1961). 1912.

Maurice Baud. Mazot en Valais. Vers 1910. Huille sur toile. 30 x 41 cm.

Couverture de La Maison des Artistes avec une composition de Forestier. Seul numéro paru. 1898.

Article de Maurice Baud « L’image » dans La Maison des Artistes. Il est accompagné de la reproduction d’une de ses gravures sur bois.

Affiche de Forestier. Détail du bouquet de fleurs que tient Yvette Guilbert.

Les trois affiches que Forestier réalise en 1910 outre celle d’Yvette Guilbert (X. Nationale Kunstausstellung Zürich et  2e Exposition des Beaux-Arts, Genève, lithographies en couleur, 100 x 70 cm).

Edouard Vallet. Ausstellung Edouard Vallet. 1917. Lithographie en couleur. 128 x 90,5 cm.

Ernest Biéler. Trois jeunes filles de Savièse. 1920.

Ferdinand Hodler. Regard dans l’infini. 1916.

Image pieuse du 17e siècle consacrée à la Vierge Marie. Elle a été reprise par Carl Gustav Jung (1875-1961) dans son livre Psychologie et alchimie. Elle exprime bien le thème de la femme spiritualisée, élevée au-dessus du monde et médiatrice entre celui-ci et Dieu. Ses attributs sont surtout d’ordre végétal.

Notes

[1] Bibliothèque de Genève, Dép. des manuscrits, BGE Arch. Baud-Bovy 296, f. 242-244.

[2] Maurice Baud, « L’image ». Dans : La Maison des artistes, 1896, n° 1.

[3] Bibliothèque de Genève, Dép. des manuscrits, BGE Arch. Baud-Bovy 223, f. 91-93.

[4] Maurice Baud. Le caractère hétérodoxe de l’art gothique. Genève, Kündig, 1907.

[5] Cité par L. Florentin « Maurice Baud ». Dans : Pages d’art, décembre 1916.

[6] Voir à ce sujet : Jean-Charles Giroud, « Henry-Claudius Forestier (1875-19122), les affiches ». Dans : Genava, n.s., tome XXXV, 1987, pp. 155-182 (avec le catalogue raisonné des affiches).

[7] Voir à ce sujet : Jean-Charles Giroud, « Edouard Vallet et l’affiche ou le maître de l’affiche ambigüe ». Dans : Vallesia, tome XLV, 1990, pp. 1-36 (avec le catalogue raisonné des affiches).

[8] Voir à ce sujet : Ferdinand Hodler und das Schweizer Künstlerplakat, 1890-1920. Zürich, Kunstgewerbemuseum, 1983.

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