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La Première Guerre mondiale et l’affiche suisse

 

Jean-Charles Giroud

LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE ET L’AFFICHE SUISSE

Foi, doute, propagande[1]

 

Article paru dans : La Suisse et la guerre de 1914-1918, Actes du colloque tenu du 10 au 12 septembre 2014 au Château de Penthes, sous la direction de Christophe Vuilleumier. Genève, Editions Slatkine, 2015. PP. 352-386.

 

  1. UNE GUERRE D’IMAGES

 

La Première Guerre mondiale a généré un nombre incalculable d’images. Toutes les techniques et les modes d’expression artistique ont été utilisés, cartes postales, photographies, films, affiches, dessin, peinture, sculpture, gravure, caricature et tant d’autres. Le développement des moyens de reproduction, de la presse, de la publicité en ont fait sans doute l’événement le plus médiatisé et le plus illustré jusqu’alors.

Dans ce déluge iconographique, l’affiche illustrée tient une place particulière. Accessible à tous dans l’espace public le plus important, la rue, elle atteint une large population et donne à ses propos une présence sociale unique. Par ses dimensions monumentales, elle s’impose au regard et à l’esprit. Ephémère, elle porte cependant des images puissantes qui doivent s’inscrire dans les mémoires pour produire leur effet : influencer les comportements et les idées. Elle constitue un véritable espace de pouvoir puisque par elle s’expriment des valeurs, des opinions, des visions. Grâce aux multiples filtres – notamment économiques – qui sélectionnent les messages parvenant jusque sur les murs, l’affiche possède un statut social unique qui la transforme parfois en allégorie de son époque ou en image de référence positive ou négative. Elle nécessite des illustrations et des textes particulièrement bien adaptés aux objectifs visés et très réfléchis. Une bonne affiche est rarement anodine ou innocente.

 

En 1914, l’affiche illustrée est devenue un moyen de communication et de publicité largement utilisé depuis vingt-cinq ans. Elle fait l’objet d’un intérêt extraordinaire et possède ses réseaux, ses spécialistes, ses revues. Le savoir-faire en la matière est considérable. La Première guerre mondiale sait l’exploiter et la mettre à son service comme jamais. Dans chaque pays belligérant, des centaines, voire des milliers d’affiches illustrées sont produites dont certaines sont devenues de véritables icônes. Cette production abondante – dont il est difficile de faire le tour – joue un rôle décisif en matière de propagande. L’effort de guerre autorise tous les abus pour dominer, abuser les esprits. Manipulation, culpabilisation, psychologie des foules, technique d’influence, tout est mis en œuvre pour obtenir les effets les plus puissants et les plus dramatiques. Ces œuvres constituent un chapitre en soi de l’histoire de l’affiche mondiale. Non seulement elles sont des documents historiques incontournables mais elles constituent une mine de renseignements sur les usages et les rapports sociaux. Elles sont de puissants révélateurs à qui les regarde attentivement.

 

En France, en Allemagne et en Angleterre surtout, ces documents – en particulier les affiches – font immédiatement l’objet d’une attention soutenue de la part des collectionneurs. En France, par exemple, la collection Louise et Henri Leblanc en compte des centaines[2]. Elle est à la base de la Bibliothèque-musée de la guerre, devenue aujourd’hui la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC). Dès sa fondation en 1917, l’Imperial War Museum à Londres constitue ses fonds incluant de nombreuses affiches. Aux Etats-Unis, où James Montgomery Flagg (1877-1960) compose une des affiches les plus célèbres du monde (I want you for the US Army, 1916), la production, bien que plus tardive, est également préservée. La Suisse n’est pas en reste. En 1914, la Bibliothèque nationale de Berne lance un appel public pour sa collecte. Elle constitue ainsi l’ensemble le plus important du pays et en publie le catalogue à l’occasion d’une exposition en 1921[3].

 

Durant la guerre déjà, ces affiches sont proposées à la vente aux nombreux amateurs et collectionneurs, en Suisse comme ailleurs. La célèbre revue allemande Das Plakat leur consacre plusieurs articles dont un pour la Suisse, en partie sur la base de la collection de la Bibliothèque nationale[4].Un tel intérêt est assez unique pour être relevé. Mais, en Suisse, il reste sans lendemain. Les affiches suisses de la Première guerre mondiale ne font pas l’objet de recherches spécifiques. Cependant, elles sont souvent abordées dans le cadre de travaux sur des thèmes plus larges, sur des artistes ou des périodes historiques englobant les années 1914-1918. Depuis la fin des années 1990, l’imagerie de la Première guerre mondiale fait l’objet d’une attention nouvelle[5] mais l’affiche n’y est examinée que marginalement. Les raisons de cette situation sont sans doute à chercher dans le petit nombre de pièces concernées et dans la difficulté de les rassembler en un corpus représentatif, sinon complet.

 

Pour ce qui nous concerne, nous avons réuni, en additionnant toutes les sources disponibles et dans l’esprit le plus large, une soixantaine d’affiches[6], ne tenant pas compte des innombrables placards[7] officiels ou non et des estampes décoratives. Comparé à la production des autres pays, cet ensemble est étonnamment limité, comme le relèvent déjà Willy Hes[8] et Marcel Godet (1877-1949), directeur de la Bibliothèque nationale, dans son introduction au catalogue cité ci-dessus. Nous reviendrons sur les raisons de cette situation.

 

  1. AFFICHES PATRIOTIQUES SUISSES ET MILITARISME

 

Dès la fin du 19e siècle, l’affiche artistique suisse connaît une de ses périodes les plus brillantes. Hormis la politique, elle touche tous les domaines. De nombreux artistes s’y consacrent. Le public les regarde attentivement. Si, dans la plupart des pays européens, l’armée ou le soldat n’y apparaissent qu’avec la guerre, ils constituent en Suisse un thème fondateur beaucoup plus ancien. En effet, les affiches à caractère militaire ont une importance particulière tant elles sont liées à l’identité du pays. C’est même le premier genre qui apparaît dès les années 1830-1840. Les petites vignettes qui ornent alors les annonces de tir ou leur règlement témoignent d’un soin particulier. Elles sont le plus souvent signées par leur auteur. Elles tranchent d’avec la gaucherie des bois grossiers et naïfs qui ornent quelques placards publicitaires de la même époque. Dès ces années, les fêtes de tir rassemblent de nombreux citoyens-soldats et prennent l’allure de manifestations officielles.
Après la Guerre du Sonderbund, avec la constitution fédérale de 1848, une volonté politique de centralisation en matière militaire se manifeste. Elle est encore plus décisive avec la révision de 1874 qui réunit les diverses milices cantonales en une seule armée fédérale. L’époque voit se construire une véritable identité nationale qui s’appuie sur quelques institutions, dont la nouvelle armée. Celle-ci repose sur un service militaire obligatoire formé d’une école de recrue suivie de cours de répétition dont le rythme et la durée varient selon les époques. En 1907, la réorganisation de l’armée améliore la formation militaire. En dehors du service, certains exercices sont imposés, comme le tir. Cette manière rend l’armée omniprésente dans la société et dans la vie des citoyens qui restent incorporés durant une bonne partie de leur vie. Elle donne également une valeur particulière à certaines associations, par exemple les sociétés de tir, de sous-officiers ou d’officiers qui jouent un rôle important dans la vie associative et forment un réseau patriotique puissant. L’armée peut même compter sur les institutions scolaires qui, dans certains cantons, donnent une formation militaire dès l’adolescence.

 

Dès la fin du 19e siècle, l’affiche artistique participe à la promotion des valeurs patriotiques en annonçant, par exemple, les innombrables fêtes liées à des traditions particulières ou puisant leurs sources dans une vision confédérale de la société : fêtes de lutte, fêtes de gymnastique, représentations théâtrales sur la fondation de la Confédération ou sur Guillaume Tell, expositions agricoles, etc.[9] Ces manifestations, comme leurs affiches, participent au renforcement du lien fédéral, souci constant des autorités.

 

enfant013Les fêtes de tir pullulent avec leur lot d’affiches dont l’iconographie montre combien les créateurs cherchent à valoriser l’unité de la société à travers le tir : toutes les générations – y compris les personnes âgées –, toutes les classes sociales y participent ; les épouses accompagnent leurs maris, le public regarde défiler les cortèges se rendant au stand. Les affichistes montrent également la continuité historique de la société en mettant parfois côte à côte un tireur contemporain et un héroïque guerrier des temps anciens. Directement ou non, l’esprit militaire imprègne l’iconographie de l’affiche suisse. L’armée, devenue une référence sociale incontournable, investit même la publicité, comme, par exemple, avec les réalisations de Henry Claudius Forestier (1874-1922) Biscuits du Général Dufour (1899) ou d’Edouard-Louis Baud (1878-1948) Citronnelle suisse (1902).

 

Le plus souvent, ces compositions sont réalisées dans le style de Ferdinand Hodler (1853-1918) qui influence profondément la peinture et possède un caractère graphique affirmé : compositions très structurées et rigoureuses, couleurs vives en aplats, traits épais, personnages monumentaux en pied. Dans l’esprit du public, cette manière est associée à une peinture valorisant particulièrement la montagne et les paysages helvétiques. Elle est donc en harmonie parfaite avec de telles affiches.

 

Les affiches patriotiques constituent un genre des plus caractéristiques qui s’est perpétué tout au long du 20e siècle. Elles relèvent d’un rêve de société et transmettent une foi collective. Elles idéalisent l’armée comme fondement et ciment de son unité. Dans ses composantes et sa diversité, la Suisse porte en elle-même les germes de sa division. La préoccupation des élites sociales est de renforcer les liens sociaux, de transformer un pays en une patrie, notion qui d’ailleurs rencontre un grand succès dès le 19e siècle. Ces affiches participent pour leur part à ce mouvement en montrant notamment un peuple prêt à se défendre, uni autour de ses institutions, dont l’armée.

 

1914, point culminant du mouvement

 

giroud02En Suisse, l’année 1914 marque le sommet de ce mouvement. Eduard Renggli (1863-1921) rend hommage à l’infanterie de montagne et à l’aviation militaire dans sa composition Sammlung für Militäraviatik. Pour la même cause, H. Steiner compose une affiche aux forts accents hodlériens (Sammlung in Aarau zu Gunsten der Militäraviatik). Dans la même veine patriotique mais dans un autre domaine, le peintre Jean Morax (1869-1939) réalise un solide Guillaume Tell pour les représentations de la pièce Tell de son frère René (1873-1963) avec lequel il a fondé le Théâtre du Jorat.

 

Dès le mois de juin, les fêtes de tir amènent leur lot d’affiches, comme celle de Willi Weiss (1909-) St. Gallisches Kantonalschützenfest Flawil qui montre le cortège des tireurs défilant à Flawil ou celle d’Otto Plattner (1886-1951), 6tes Kantonalschützenfest Beider Basel, Sissach où les deux demi-cantons son incarnés par deux vieux tireurs allant ensemble se mesurer sous la protection des drapeaux suisses. Pour le Tir cantonal du Centenaire, Genève, Philippe Serex (1871-1935) valorise la continuité historique à travers trois soldats de diverses époques réunissant leurs armes avec un ruban aux couleurs genevoises.

 

giroud03La plus significative de ces compositions reste celle réalisée par Henri Robert (1881-1961) pour la Fête fédérale de sous-officiers, Fribourg, prévue début août 1914. L’artiste adopte lui aussi une composition très hodlérienne : un monumental sous-officier en pied se détache sur le fond jaune du ciel dans lequel plane un avion avec, à l’arrière-plan, un dragon, sans doute du même grade. Les deux hommes avancent devant une armée de fantassins portant une bannière fédérale flottant au vent. A l’horizon se détache la silhouette de la ville de Fribourg. Cette affiche est exceptionnelle à plusieurs titres. Elle connaît l’honneur des murs mais la manifestation qu’elle annonce – comme tant d’autres – est annulée la veille de son ouverture prévue le 1er août vu la mise de piquet de l’armée. Elle promeut aussi involontairement qu’opportunément l’armée au moment même de sa mobilisation. Empreinte de noblesse et d’héroïsme au service de la patrie, elle est surtout l’ultime expression d’une époque. Paradoxalement, pour des raisons que nous aborderons, elle est la dernière portant une telle image de l’armée avant 1918.

 

En réalité, le pays se révèle rapidement fragile, peu préparé à la guerre et divisé.

 

  1. LES AFFICHES SUISSES DE LA GUERRE, 1914-1917

 

Maurice Barraud, une affiche de la révolte

 

giroud04La première affiche illustrée suisse liée à la Première guerre mondiale date de décembre 1914. Réalisée par Maurice Barraud (1889-1954) à l’occasion d’une exposition en faveur des réfugiés belges (Exposition en faveur des réfugiés belges, Galerie Moos, Genève), elle est unique dans sa conception. Les artistes genevois, comme la majorité de la population suisse, sont bouleversés par l’invasion de la Belgique. Par cette affiche, Maurice Barraud proteste non seulement contre celle-ci mais aussi par son art lui-même. Tout dans cette affiche est en rupture : la mère et son enfant sont dessinés de manière presque schématique, le texte est réparti dans un apparent désordre avec un souci limité de la lisibilité. La volonté de Maurice Barraud est de donner la plus forte expression de la tragédie en train de se jouer. Il ne recherche en aucune façon le joli ou l’anecdotique. Son affiche est pour le moins peu appréciée :

Parmi les atrocités que cette maudite guerre a fait connaître, citons la planche ci-contre, répandue à profusion sur nos places d’affichage. Ma foi, tout dépend des goûts, mais il nous semble que, si tout est à l’avenant dans cette exposition, tant pis, cela va à l’encontre du but proposé[10].

 

Nous avons évoqué plus haut combien la peinture hodlérienne est alors considérée comme un art national. Quelques artistes n’ont aucune intention d’entrer dans ce moule qu’il conteste ainsi que la société qui la sous-tend. Maurice Barraud se situe dans cette mouvance dont il est un des acteurs principaux. Le peintre genevois de 25 ans scandalise par son audace et sa liberté, notamment dans la peinture de nus inconvenants, lascifs et provoquants. Il confirmera cette attitude par d’autres affiches et surtout par son portfolio Silence (1917) dont les lithographies dénoncent la guerre. Son affiche de 1914 préfigure d’une certaine manière celles à caractère expressionniste de Christian Schad (1894-1982), comme Sirius (1915). Ces rares compositions répondent aux affiches de propagande en faveur de la guerre par leur force, leur intensité dramatique et leur interrogation muette.

 

Les affiches de bienfaisance, le soutien aux soldats suisses

 

La mobilisation s’éternise. Dès 1915, elle ne va pas sans poser des problèmes sociaux importants. giroud05De nombreuses actions de bienfaisance sont lancées dans l’ensemble du pays[11]. Au printemps 1915, Carl Moos (1878-1959), artiste allemand installé en Suisse, réalise une affiche pour annoncer une quête en faveur des cas de détresse dus à la guerre (Zürcher Kartentag am Sechseläuten, Zu gunsten der städtisches Kriegsnotunterstützung). Ni l’armée, ni la guerre ne sont convoquées pour évoquer les situations sans doute dramatique qui justifient la collecte. Au contraire. Tout évoque une ville en fête autour du bûcher, dans l’attente de l’explosion du « Böögg ». Le premier plan met en scène divers représentants d’une bourgeoisie aisée. Une jeune fille et un jeune homme de bonne famille sollicitent un passant mettant la main à la poche avec un sourire bonhomme de connivence. Tout y respire la fête et l’aisance.

 

Mais d’autres difficultés se profilent. La position d’attente des soldats à la frontière devient difficile à supporter :

Il apparut très tôt que les circonstances qui attendaient notre armée seraient bien différentes de celles des armées belligérantes. Sans le dérivatif des combats et des périls, nos soldats monteraient la garde à la frontière, obligés de se tenir prêts à tout, mais sans savoir où, quand, ni comment. Le danger qui les guettait risquait d’être la démoralisation, fruit de la lassitude et d’une activité monotone, avec le doute sur son utilité et la pensée des familles laissées à l’arrière sans leurs soutiens naturels[12].

 

Des problèmes d’alcoolisme se posent rapidement. Dans ce contexte, les Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG) – rapidement associées à la Croix-Bleue et à d’autres associations privées – mettent sur pieds des espaces plus ou moins provisoires que les soldats peuvent fréquenter en lieu et place des « bistrots ». Les maisons du soldat ou « Soldatenstube » offrent certains services et des boissons sans alcool à des prix modérés.

 

En 1915, Wilhelm Friedrich Burger (1882-1964) réalise deux petites affiches particulièrement soignées dans le style hodlérien, probablement destinées uniquement à la troupe et affichées dans les cantonnements. Rares sont les compositions montrant les soldats dans leurs moments de détente. Rares sont les affiches aussi chargées de modèles que celles-ci.

 

La première (Soldatenstube zur freien Benützung für alle Soldaten) est produite par la commission militaire des Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG). Elle montre une tente en montagne, équipée avec les moyens du bord, une caisse de produits Maggi tenant lieu, par exemple, de chaise ! giroud06Un soldat écrit une lettre sur du papier et une enveloppe fournis gratuitement. Chaque détail a son importance et sa signification. Le fantassin est dans un uniforme impeccable. La théière et la tasse précisent combien la lutte contre l’alcoolisme est prioritaire. Les livres rappellent que la lecture – avec l’action « Bibliothèque circulante » pour les soldats – est un dérivatif à l’oisiveté. Quatre quotidiens sont disponibles, les plus renommés de Suisse, le Journal de Genève, la Neue Zürcher Zeitung, Der Bund, Die Basler Nachrichten. Les grandes villes et régions de Suisse sont représentées mais les commanditaires de l’affiche semblent plutôt conservateurs ! Cette composition est également connue en français, preuve de sa large diffusion (Salle de correspondance et de lecture pour militaires, Entrée libre). Dans celle-ci, Der Bund est remplacé par le quotidien lausannois La Revue, organe du Parti radical démocratique, ce qui nous conforte dans notre jugement sur les idées politiques des organisateurs de ces espaces !

 

La deuxième est issue d’une autre association poursuivant les mêmes objectifs (Schweiz. Verband Soldatenwohl). Elle montre un groupe de militaires, le soir à la lumière d’une lampe à pétrole, dans une maison de soldats – de toute évidence, un chalet dans les Alpes –, devisant avec plaisir. 209096Le groupe est surpris à travers une porte entrouverte. Il ne prend pas la pose pour mieux mettre en valeur le naturel de la situation et encourager le nouvel arrivant, en fait le spectateur de l’affiche, à se joindre à l’amicale tablée autour d’une tasse de thé et d’un cigare. Le texte se distingue par son originalité : un quatrain en schwizerdütsch chantant le bonheur de se retrouver le soir dans une ambiance chaleureuse : Es Beckeli Kafi und Wähe dezue, / Es Bänkli am Ofe für Wärmi u. Rueh, / En Stumpe zum nügge, Juheissa, Juhee, / dänn si-mer versorget, was will me no meh! Ces deux compositions – en tout point remarquables au point de vue artistique – cherchent en premier lieu à détourner les soldats des établissements publics où les dépenses immodérées et l’alcool font des ravages.

 

Au moment de la déclaration de la guerre, l’impréparation de l’armée suisse se montre également dans le domaine social. Durant leur période de mobilisation, les soldats ne touchent pas leur salaire et ne bénéficient pas d’une assurance de compensation. De plus, la solde est minime. De nombreuses familles se trouvent en difficulté, d’autant que les prix augmentent continuellement et fortement. En 1915, les Œuvres sociales de l’armée sont créées au niveau de l’état-major général. Rapidement, certaines situations deviennent critiques. Des associations se constituent ou lancent des opérations d’aide aux soldats nécessiteux qui parfois n’osent même pas avouer leur problème. A l’initiative d’un groupe féminin bernois, un appel est lancé à toutes les femmes suisses pour créer un fonds de solidarité, le Don national des femmes suisses[13]. Plusieurs affiches sont sans doute éditées à cette occasion. Celle que nous avons retrouvée (Nationale Frauenspende) présente une caractéristique intéressante : elle évite toute décoration ou illustration – hormis les armoiries fédérales. Elle utilise un minimum de couleurs, le noir et le rouge.

 

A l’heure où le savoir-faire en matière d’affiche illustrée atteint un sommet, le choix des femmes suisses est volontaire et réfléchi. Celles-ci veulent se rapprocher des placards officiels pour donner à leur action une autorité particulière. De petit format, l’affiche[14] a peut-être même été admise sur les espaces réservés aux actes des autorités. En refusant le recours à l’image, les commanditaires montrent combien le texte seul est adapté à la gravité de la situation, à l’urgence des besoins. Les femmes suisses s’adressent directement à la raison et à l’intelligence du passant. Cette assimilation au placard renforce donc les chances de lecture. Les nouvelles importantes, les ordres de mobilisation, les décisions des autorités sont alors transmises ainsi et l’obligation de lecture va de soi. Cette ressemblance volontaire renforce donc l’efficacité de l’affiche et la puissance du message.

 

La Croix-Rouge suisse suit une démarche similaire, sans doute la même année, pour une importante collecte nationale. L’affiche (Collecte pour la Croix-Rouge suisse) paraît en trois éditions, une pour chaque langue. Elle est simplement décorée d’une croix rouge et d’un cadre de la même couleur. Le texte ressemble à s’y méprendre à celui d’une affiche officielle.

 

Images d’armée

 

Cette retenue vis-à-vis de l’image doit peut-être aussi se comprendre à l’aune des quelques affiches présentant des manifestations de l’armée, presque toujours au bénéfice des soldats dans le besoin. Leur diversité et leur fantaisie se manifestent de manière évidente en comparant les quelques pièces réalisées. L’architecte et graphiste bâlois Paul Hosch (1886-1955) adopte le mode humoristique et un dessin de caricature pour son affiche Fussball Match Bat. 54 gegen Bat. 99 (1915). L’artiste qui réalise plusieurs compositions de ce genre[15] durant la guerre, n’est pas sans audace. Un soldat tenant un ballon racole véritablement un passant en lui disant familièrement en schwizerdütsch: Du bisch m’r allwag au nit glych. Tout est à l’avenant. La crosse épiscopale des armoiries de Bâle-Ville est surmontée d’un oiseau qui regarde la scène. L’artiste, fantassin dans le bataillon 54, exprime sans doute dans sa composition l’ambiance régnant dans la troupe. Son affiche a sans doute fait sourire dans la rue mais Paul Hosch donne une image plus que décalée de l’armée.

 

A l’opposé dans son esprit, celle de Jules Courvoisier (1884-1936) pour l’Exposition des artistes des troupes neuchâteloises (1916) se distingue par son sérieux et son respect. Un soldat s’équipe de son sac dans un geste pris sur le vif, avant de saisir son fusil. L’artiste veut rendre hommage à chaque soldat sans pouvoir évidemment évoquer une scène guerrière. Jules Courvoisier considère son œuvre de manière suffisamment satisfaisante pour en tirer des épreuves avant la lettre sur beau papier. Celles-ci sont vendues au profit des œuvres soutenues par l’exposition. Pour l’artiste, ce soldat est suffisamment emblématique et significatif pour dépasser le cadre d’une simple affiche et prétendre à la décoration d’un salon.

 

giroud07La même année 1916, le peintre bâlois Numa Donzé (1885-1952) produit une affiche pour le moins ambigüe (Basler Regiments-Tag). A l’occasion d’une fête militaire bâloise agrémentée d’un défilé, il montre un officier à cheval tournant le dos au public pour commander à la troupe qui défile, visages tournés vers lui et le spectateur. Le cheval est monumental tout comme l’officier qui le monte. Le point de vue en contreplongée accentue à l’extrême l’ascendant de l’officier sur ses troupes. Cette affiche possède des accents prussiens étonnants. Le son martial et rythmé du pas cadencé – le fameux « pas de l’oie » en usage notamment en Allemagne – semble traverser l’affiche à travers l’ordre impeccable des soldats.

 

En 1916, l’instruction de la troupe par le drill et la dureté de la discipline sont largement contestées par les militaires et par certains hommes politiques. Le Conseil fédéral doit même s’en justifier devant les Chambres. La troupe est également exaspérée par l’arrogance de certains officiers qui se considèrent comme appartenant à une caste supérieure. Après plusieurs années de mobilisation, l’ambiance dans l’armée s’est largement dégradée. Dans ce contexte, l’affiche de Numa Donzé peut paraître déplacée. Cette composition semble être à double sens. A première vue, elle fait l’apologie d’une armée « prussienne ». Cependant, l’artiste pousse si loin la démonstration qu’elle paraît exagérée et moqueuse – notamment dans la majesté de l’officier à cheval menant ses troupes à la baguette. L’alignement des visages et des fusils n’est pas sans un humour discret.

 

giroud08En 1916 toujours, Emil Huber (1884-1943) réalise une affiche de grand format – en gris-vert, couleur du nouvel uniforme – pour la première marche militaire avec paquetage (40 Km Armee-Gepäck-Marsch, 24.Sept. 1916). L’événement connaît un grand succès et réunit 500 participants. L’artiste montre deux militaires en pleine marche sous le soleil, le col ouvert sur la poitrine. Il travaille alors beaucoup pour l’armée suisse. Il reçoit également des commandes d’Allemagne pour laquelle il réalise de nombreuses compositions artistiques illustrant les différentes armes ou les uniformes. Par ses sympathies germaniques affirmées, l’artiste saint-gallois se situe dans un courant d’opinion largement dominant en Suisse alémanique. Son affiche est une des rares, avec celles de Jules Courvoisier et de Wilhelm Friedrich Burger, à donner une image positive de l’armée.

 

En 1917, une exposition d’objets réalisés par les soldats suisses en traitement contre la tuberculose à Leysin est annoncée par une composition d’Edouard Morerod (1879-1919), peintre vaudois en traitement dans un des sanatoriums de la station. Cette composition est d’une toute autre nature puisqu’elle montre un soldat malade, le torse nu au soleil, tenant dans ses mains un jouet qu’il vient de confectionner (Exposition-vente d’objets confectionnés par les soldats suisses en traitement à Leysin, à Neuchâtel, 1917). La fragilité du personnage associée à un objet aussi innocent et naïf qu’un canard jaune à roulettes a quelque chose d’émouvant[16].

 

giroud09Les quelques affiches de publicité ne contribuent pas à clarifier l’image de l’armée. La diversité est également à l’honneur. Ainsi, l’affiche anonyme pour des coussins destinés aux soldats dormant sur la paille frise le grotesque (So schlafen die Soldaten im Strom, Luft-Kopfkissen, vers 1915). Au contraire, celle d’Eugen Henziross (1877-1961), Stahlwaren, A. Simon, Bern, est une des plus belles affiches militaires suisses de la guerre. L’artiste s’est particulièrement distingué dans le genre de l’affiche patriotique décrit plus haut et poursuit sa trajectoire avec cette composition. Il y montre deux sous-officiers, un fantassin et un dragon – traditionnellement en concurrence –, échangeant fraternellement un rasoir contre un couteau, deux articles issus de la fabrique A. Simon à Berne. Dans le cadre des affiches publicitaires évoquant les restrictions imposées à la consommation des ménage, nous n’en avons retrouvé qu’une, celle de Karl Bickel (1886-1982) qui évoque avec originalité un produit de lessive de remplacement (Frima bester Ersatz für chemische Wäsche, 1915)[17].

 

Associées les unes aux autres, ces affiches donnent une idée contrastée, floue, parfois fantaisiste de l’armée, très éloignée de celles des années d’avant-guerre. Contrairement aux pays environnants, ces affiches ne procèdent pas d’un mouvement organisé et coordonné.

 

Affiches de propagande étrangère

 

Dès le début de la guerre, la neutralité helvétique se révèle un exercice difficile pour le Conseil fédéral qui n’est pas aidé par l’armée dont le commandant en chef lui-même, le général Ulrich Wille (1848-1925), ne cache pas ses sympathies pour l’Allemagne et sa conviction qu’il serait bon pour la Suisse d’engager le combat à ses côtés. Les opinions publiques des diverses régions du pays prennent majoritairement fait et cause pour l’une ou l’autre partie, la Suisse romande soutenant les Alliés réunis autour de la France, la Suisse alémanique pour les Empires centraux autour de l’Allemagne. Le clivage s’affirme toujours plus. Les panneaux d’affichage illustrent d’une manière inattendue cette séparation qui met en cause l’unité du pays[18].

 

Durant ces années, la Suisse, comme la plupart des pays neutres, est le théâtre d’une guerre de propagande culturelle intense. Ainsi un artiste français dessinant au front, André Fournier, « peintre de batailles », fournit l’affiche d’une exposition présentée à Genève et Lausanne en 1916 et 1917, (Exposition de l’art pendant la guerre, Œuvres du front). En mars 1918, le même artiste réalise celle d’une matinée au Grand-Théâtre de Genève au profit des internés français en Suisse. Une causerie intitulée « L’Armée de Verdun » est notamment donnée (Grand Théâtre de Genève, Matinée, L’Armée de Verdun). C’est aussi aux blessés militaires français que va la collecte du thé-vente de l’Hôtel Beau Séjour à Genève en juin 1916 annoncé par une affiche de M. Douglas (Thé-vente au bénéfice du Comité de Genève « Les Lauriers » de la Société française de secours aux blessés militaires). En 1917, Henry-Claudius Forestier réalise Chansons de France pour un spectacle évidemment francophile. Il réalise même une affiche pour la Croix-Rouge française en 1916[19]. Les Genevois Daniel Baud-Bovy (1870-1958) et Frédéric Boissonnas (1858-1946) ne cachent pas non plus leurs sympathies françaises avec leur soirée de projection de photographies de leur voyage de 1913 à l’Olympe au bénéfice de l’Œuvre des prisonniers de guerre (L’Olympe, la première ascension du plus haut sommet par deux Genevois, 1916). Ces manifestations ne traversent évidemment pas la Sarine.

 

En Suisse alémanique, l’ambiance est différente. Le style de Vienne est à la mode. Les cafés et magasins viennois sont l’occasion de remarquables affiches (Otto Baumberger, Wiener Café Splendid Zürich, 1915, Felicien Philipp, Rinner’s Wiener Café Bern, 1915, par exemple). Des manifestations philanthropiques pour aider les soldats allemands internés en Suisse sont organisées et, parfois, annoncées par une affiche, comme la très originale composition d’Ernst Linck, Hilfsbund für deutsche Kriegerfürsorge in der Schweiz (1917). Les grandes villes surtout font l’objet d’une propagande venant essentiellement des Empires centraux, ce qui leur vaut des manifestations culturelles et artistiques d’une qualité exceptionnelle. Les meilleurs artistes allemands, autrichiens et hongrois sont exposés ou se produisent. Des affiches les annoncent. En 1916, Zurich, Berne et Bâle reçoivent une exposition d’art militaire de l’Empire austro-hongrois. Les moyens investis sont importants car à chaque fois une affiche originale est éditée (Oswald Roux, Kriegsbilder Ausstellung Bern, Karl Ludwig Hassmann, Kriegsbilder Ausstellung Zürich, Affiche anonyme, Kriegsbilder Ausstelung Basel).

 

Cette activité de propagande se développe surtout dans le monde de la musique et du théâtre. Venus de Vienne, de Leipzig ou de Darmstadt, les meilleurs orchestres et compagnies de théâtre défilent en Suisse alémanique. Egaré en 1917 en Suisse romande, l’Orchestre philarmonique de Vienne est boycotté par la presse à Lausanne et fait l’objet d’incidents lors du concert à Neuchâtel, le chef d’orchestre Felix Weingartner (1863-1942) ayant signé l’appel des intellectuels allemands justifiant la destruction de la cathédrale de Reims.

 

Des affiches importantes sont souvent réalisées. L’occasion est ainsi parfois donnée au public suisse de voir sur ses murs des œuvres inhabituelles réalisées par de grands graphistes étrangers, comme celles de l’Allemand Peter Behrens (1868-1940), Deutscher Werkbund, Austellung Bern (1917), ou de l’Autrichien Dagobert Pêche (1887-1923), Wiener Werkstätte Zürich (1917). Les meilleurs affichistes suisses acceptent de tels travaux : Emil Cardinaux (1877-1936), Burkhard Mangold (1873-1950), Paul Kammüller (1885-1946), Ernst Linck (1874-1935) et surtout Otto Baumberger (1889-1961) qui en compose à lui seul presque une dizaine, dont de véritables chefs d’œuvre : Kain und Abel (1917), Medea (1917) ou encore Oresteia (1917), toutes d’un expressionnisme puissant.

 

giroud10Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, ces affiches qu’elles soient romandes ou alémaniques sont de véritables actes de collaboration avec une puissance étrangère, en contradiction avec la neutralité souhaitée par le Conseil fédéral. Mais, personne n’y prête garde. Otto Baumberger aura une prise de conscience tardive. Il laisse un important témoignage sur le contexte et la réalisation de ces affiches qu’il considérera lui-même comme de la propagande :

Zürich war während der Kriegsjahre zu einer Art internationalen Zentrum geworden. Die kriegführenden Staaten suchten sich in sogenannter Kulturpropaganda gegenseitig zu überbieten. […] Diese Ausbreitung ausgesuchten nationalen Kunstgutes der Kriegsgegner war ein so beglückendes Ereignis im relativ kunstarmen Zürich, dass sein Hintergrund – Propaganda – ganz und gar in Vergessenheit geraten konnte. Der Begriff der “Fünften Kolonne” existierte ja noch nicht, und so arbeiteten wir Schweizer unbefangen mit den Organisatoren jener Veranstaltungen zusammen, eine Haltung, welche heute ebenso naiv erscheinen mag wie die Tatsache dieser Seelenpolitik überhaupt. – Ich zeichnete eine ganze Reihe Plakate für die deutsche Kulturpropaganda und lithographierte die meisten auch selbst. Die Blätter für Reinhardts „Oresteia“, die „Medea“ des Burgtheaters und den „Kain und Abel“ der Darmstädter Hofbühne sind damals viel beachtet worden. Anhand dieser Arbeiten wurde ich eine Zeitlang zu einer internationalen Plakatgrösse gestempelt[20].

 

La France n’est pas non plus absente de Suisse alémanique, comme avec l’exposition d’Auguste Rodin (1840-1917) en avril 1918 à la Kunsthalle de Bâle annoncée par une affiche de Jacques Lenoir, (Rodin, Kunsthalle Basel). Curieusement, celle pour la même exposition à Zurich en juin et juillet est simplement typographique (Affiche anonyme, Kunsthaus Zürich, Rodin) comme celle pour l’Exposition d’art français qui se tient en mai et juin à Genève au Musée d’art et d’histoire.
giroud11Cette activité de propagande se prolonge au cinéma. En 1917, l’état-major allemand fait réaliser et diffuser Die grosse Somme-Schlacht. A la fin de 1916, Otto Baumberger réalise pour la publicité de ce film une affiche exceptionnelle : une gigantesque explosion sur le champ de bataille, deux silhouettes de soldats donnant la mesure du déchaînement des forces. Il choisit un instantané puissant et suggestif, bien adapté à une annonce de film. En 1917 également, pour un film de propagande austro-hongrois, Carl Moos produit une affiche montrant une scène de guerre sombre et triste (Die 10te Isonzoschlacht). 01-0751Le cadavre au premier plan rappelle la cruauté de ces engagements. En comparaison avec les affiches autrichiennes parues à la sortie du même film qui valorisent l’offensive glorieuse de l’infanterie sans allusion aux dangers et à la mort, celle de Carl Moos tranche par son pessimisme. Parmi les combattants, l’un est mort au premier plan et un autre est touché. Les survivants partent à l’assaut dans un décor d’enfer. L’artiste construit sa composition sur l’opposition des ténèbres et de la lumière des explosions. L’affiche est empreinte d’inquiétude et de tragédie. Elle apparaît presque comme une dénonciation de la guerre.

 

Ces deux compositions helvétiques sont uniques. Pour la première et dernière fois, les murs montrent des scènes de guerre.

 

 

Une situation paradoxale

 

A la fin de 1917, la situation en matière d’affiches liées à la Première guerre mondiale est des plus étonnantes. La production suisse est très faible numériquement et qualitativement au regard de ce qui se passe dans les pays belligérants où le média atteint une de ses plus hautes et significatives utilisations. De plus, les affiches patriotiques d’avant-guerre ont totalement disparu au moment même où le pays est plus que jamais tourné vers son armée. L’image de celle-ci transmise par les quelques affiches retrouvées ne correspond en rien à une propagande réfléchie et ciblée. Bien au contraire, ces compositions ne sont pas conçues pour transmettre une idée, un idéal, des valeurs. Elles utilisent le sujet militaire mais ne le portent pas. Comment expliquer cette situation unique ?

 

Une raison évidente réside dans le fait que les commanditaires d’avant-guerre manquent : les nombreuses manifestations patriotiques liées plus ou moins à l’armée ne sont presque plus organisées entre 1914 et 1918, en premier lieu les fêtes de tir, les journées d’officiers ou de sous-officiers. Leur mise sur pied est compliquée, voire empêchée par les difficultés économiques. La mobilisation occupe les organisateurs comme les participants. De plus, dans les pays en guerre, une nouvelle dynamique de production d’affiches s’est mise en place : l’Etat, les autorités de tous niveaux, les assemblées parlementaires, les communes, les banques (pour les emprunts), les associations caritatives et patriotiques diffusent d’innombrables affiches. En Suisse, rien de tel. La propagande n’atteint pas ce niveau et elle s’exprime sur des supports très diversifiés, comme le relève l’auteur de l’article de Das Plakat : les estampes décoratives, les brochures, les caricatures et surtout les cartes postales. Mais celles-ci n’ont ni l’impact, ni le statut des affiches.

 

Ces éléments ont leur rôle mais aussi leur limite. Jusqu’en juillet 1914, le mouvement suisse de l’affiche patriotique – et militariste – est vital et fondamental. Son arrêt est aussi brusque que total. Des raisons plus profondes interviennent. La crise identitaire que traverse la Suisse depuis 1914 n’est pas étrangère à cette situation. Les conditions qui donnent naissance à de telles compositions ne sont plus réunies : pouvoir politique fort et respecté, convictions et institutions solides, volonté commune d’appartenance à une même entité, partage de mêmes valeurs identitaires, etc. Le moral du pays est au plus bas. Les difficultés économiques, politiques et militaires, les « affaires », le chômage empoisonnent l’atmosphère, génèrent une crise profonde. L’armée, jusqu’alors pilier de la nouvelle Suisse, n’est plus un facteur de cohésion. Au contraire, elle est tombée de son piédestal et divise désormais le pays. Celui-ci n’a plus confiance en elle et doute. Devant une telle démoralisation, comment produire des affiches valorisant un idéal qui a perdu son aura ? La division, dont la Suisse a tant souffert au 19e siècle, gagne à nouveau le pays. L’heure n’est plus aux célébrations collectives. Le vide d’affiches patriotiques correspond à un vide identitaire. Le seul fait d’accepter sans sourciller sur ses murs et dans ses salles des affiches et des manifestations de propagande étrangère est un signe supplémentaire de la crise profonde que traverse la Suisse.

 

  1. 1918, DES AFFICHES FORTES, UNE ICÔNE

 

Pour ce qui concerne les affiches, cette situation évolue notablement en 1918. En effet, l’armée suisse réalise en cette année un film, une de ses premières et plus grandes opérations de communication, L’Armée suisse. Il sort dans les salles au début de l’année et devient le plus grand succès de l’année. Malgré le fait que les projections soient payantes, à Genève, par exemple, 30.000 personnes se bousculent aux projections[21]. Celles-ci déchaînent l’enthousiasme patriotique. Le film est annoncé par deux affiches illustrées, l’une pour la Suisse alémanique, l’autre pour la Suisse romande.
giroud12La première est réalisée une nouvelle fois par Otto Baumberger (Die Schweizerische Armee). Elle est commandée par son client habituel, le Cinéma Speck à Zurich et accompagne les représentations dans diverses villes. Pour ce qui concerne la composition et la gamme des couleurs, elle s’inscrit dans ses autres affiches de films, notamment Die Somme-Schlacht. L’artiste présente une scène de tir d’artillerie. Celle-ci n’est pas choisie au hasard puisque l’armée vient de s’équiper de nouveaux obusiers Krupp. L’artiste se limite volontairement à quelques couleurs, du noir et du rouge. Il saisit une action sur le vif et est  très précis dans sa description. L’opposition est forte entre l’ordre qui règne derrière la pièce et la violence du coup de canon. L’affiche est ambigüe. Pour un observateur non averti, elle peut être comprise comme une scène de guerre alors qu’elle montre un exercice. Otto Baumberger fait avant tout une affiche de film, spectaculaire et attirante.

 

giroud13En Suisse romande, Georges Darel (1892-1943), un des collaborateurs les plus proches de Ferdinand Hodler[22], réalise une affiche profondément différente (L’Armée suisse). Son style et son esprit sont résolument hodlériens : le dessin est appuyé, les couleurs vives et chaudes, audacieuses même comme le ciel jaune évoquant l’aube, posées en aplats bien découpés. Pour la première fois dans l’affiche apparaît le thème de la sentinelle gardant la frontière, image la plus utilisée tout au long de la guerre pour exprimer la mission de l’armée. Le personnage monumental occupe la majeure partie de l’affiche. L’artiste développe un effet d’ombre chinoise et de contraste : au lever du soleil, la silhouette du soldat portant son fusil, baïonnette dirigée vers l’étranger, se découpe sur le ciel et les barbelés noirs sur le blanc des montagnes. Son attitude est volontaire et déterminée. Héros protecteur, son regard porte au loin. L’armée est attentive et monte la garde. Elle n’est pas montrée en exercice mais dans sa fonction réelle. L’affiche est directe et simple à comprendre. Elle est ressentie comme telle par la presse :

Depuis hier l’attention du public est retenue devant les colonnes d’affichage, par une très belle affiche du film « L’armée suisse ». C’est l’œuvre du peintre genevois Georges Darel, et est pleinement digne du magnifique film qu’elle illustre[23].

 

L’image domine un texte très lisible, en rouge, placé au bas de l’affiche. L’artiste ne prévoit même pas de place pour imprimer les détails des diverses projections. Ceux-ci seront placés sur un bandeau complétant l’affiche. Ces informations troubleraient sans doute son impact. L’artiste veut avant tout réaliser une affiche symbolique. Contrairement à celle de Baumberger, sa composition est une véritable ode à la gloire de l’armée suisse et à sa mission de protection. Elle est la seule de cette nature de toutes les années 1914-1918 et s’inscrit dans l’esprit des affiches patriotiques d’avant-guerre exprimant une volonté collective et l’unité de la population derrière son armée. Cette composition est une des rares affiches suisses de propagande. Elle a tout pour rester dans les mémoires. En réalité, elle est rapidement oubliée, la fin de la guerre ayant sans doute raccourci son destin.

 

giroud14Une place emblématique revient à la seule affiche illustrée commandée officiellement par l’état-major général, plus précisément par ses œuvres sociales, celle de Jules Courvoisier pour le Don national suisse. Elle paraît en mai 1918 à l’occasion de la souscription en faveur du soutien aux soldats suisses et à leur famille. Elle devient l’affiche liée à l’armée la plus connue et la plus populaire. La cause qu’elle présente fait évidemment l’unanimité et a été déjà largement encouragée par les collectes dont il a été question plus haut. Jules Courvoisier choisit un thème moins héroïque que Georges Darel mais plus proche du vécu de chacun : un fantassin suisse pressant son enfant dans ses bras avant le départ pour la garde de la frontière[24]. L’affiche paraît en trois langues et est largement diffusée dans l’ensemble du pays. Des comités locaux la vendent dans la rue en grand ou petit format. Son succès est tel qu’un tirage spécial numéroté et signé par l’artiste est exécuté. D’autres reproductions de cette affiche, avec ou sans texte, circulent. D’innombrables exemplaires viennent décorer appartements, bureaux et salles d’attente. L’affiche de Jules Courvoisier devient une véritable icône populaire symbolisant l’armée suisse. Contrairement aux autres affiches citées plus haut devenue rares ou même rarissimes, celle de Jules Courvoisier existe encore en de nombreux exemplaires, comme il se doit pour une affiche de propagande.

 

Son destin se prolonge après la guerre tant le sujet choisi permet à chacun de se reconnaître même en temps de paix puisque le système militaire suisse impose des cours de répétition obligatoires amenant chaque soldat à quitter régulièrement sa famille. D’ailleurs, le sujet peut également être interprété comme le retour à la maison du père-soldat. Sa durée d’utilisation est unique. La fondation du Don national suisse pour nos soldats et leurs familles l’utilise jusqu’en 1974 ! Dans les années 1920, elle demande simplement à l’artiste d’adapter l’uniforme qui s’est modernisé avec, par exemple, l’adoption d’un casque en acier. Elle sert notamment de couverture pour des publications officielles. En 1940, elle fait l’objet d’un nouveau tirage en affiche (Don national suisse pour nos soldats et leurs familles et la Croix-Rouge suisse) ainsi qu’en 1942 (Don national suisse pour nos soldats et leurs familles). Son destin est donc exceptionnel. A côté de ces affiches pleines de foi et de conviction, les dernières productions d’Otto Baumberger de ces années de guerre semblent manquer cruellement d’élan (Schweizerische Armee-Woche, 10.-16.Juni 1918 et Schweizerische Nationalspende, Tonhalle Zürich, Donnerstag 30.Mai).

 

Il faut donc attendre 1918 pour voir apparaître de véritables et importantes affiches de propagande militaire sur les murs helvétiques. Si le nombre n’y est pas, la qualité est au rendez-vous. Comment comprendre ce changement ? Nous avons relevé plus haut combien les pays engagés dans la guerre utilisent sans compter la puissance de l’affiche et combien ces œuvres sont connues en Suisse. De toute évidence, sur leur modèle, l’armée suisse se convertit à la communication. D’ailleurs, les trois affiches présentées pour 1918 sont toutes liées plus ou moins directement à une de ses actions de propagande. La fin prochaine de la guerre ne lui permettra pas d’aller très loin dans ce domaine.

 

giroud15Ces affiches sont-elles le signe d’un meilleur moral du pays ? Les conflits sociaux qui agitent celui-ci permettent d’en douter. Cependant – même si peu de compositions le montrent –, les affiches les plus convaincantes dans le domaine de la propagande et de la valorisation patriotique viennent de Suisse Romande avec Georges Darel et Jules Courvoisier. Leurs deux compositions se situent clairement dans la mouvance de Ferdinand Hodler. Le climat et le moral semblent meilleurs à l’ouest de la Sarine. D’ailleurs, en 1919, à l’occasion des premières élections à la proportionnelle au Conseil national, Paul Wyss (1897-1984) réalise une affiche rappelant avec énergie une des dernières actions de l’armée durant la guerre, un de ses seuls engagements, dirigé, comble du paradoxe, contre la population (Erinnert euch und wählt sozialistisch). En novembre 1918, elle est envoyée à Zurich pour maintenir l’ordre face à la grève générale, considérée par les autorités comme une explosion révolutionnaire de nature bolchévique. Dans son affiche, l’artiste dénonce la brutalité de l’écrasement par l’armée – symbolisée par un dragon à l’épée sanglante dont le cheval s’apprête à écraser le corps ensanglanté d’un manifestant à terre, le poing encore levé. La puissance de son affiche est renforcée par une composition d’une grande économie, le tout dans un style nouveau, simple, sans détail, avec deux couleurs, le noir et le rouge résumant en leur symbolique respective la situation. Comme celle de Maurice Barraud en 1914, cette affiche d’exception est imprégnée dans toutes ses fibres par son message non seulement dans son texte et son image mais aussi dans son style et ses couleurs.

 

Au même moment, Henry-Claudius Forestier réalise une affiche pour la maison Orsat de Martigny, Grand vin de la paix, Fendant 1918, dans laquelle il dessine une jeune Valaisanne en costume fraternisant avec un poilu de l’armée française, véritable héros de la Première guerre mondiale. Ces deux affiches symbolisent à elles seules la différence d’ambiance régnant entre la Suisse alémanique et la Suisse romande : les uns sombrant dans la crise, les autres se considérant comme participants à la victoire des Alliés ! Et la rancune dure. En 1919, l’association Pro Lemano chargée de promouvoir le tourisme régionale lance un concours d’affiches réservé « aux artistes suisses, neutres ou alliés»[25].

 

  1. DES AFFICHES DE GUERRE AUX AFFICHES POLITIQUES

 

giroud16La Première guerre mondiale laisse des traces claires dans l’iconographie de l’affiche suisse de l’entre-deux-guerres. En 1925, par exemple, la sentinelle de 14-18, incarné par la sculpture du col des Rangiers de Charles L’Eplattenier (1874-1946), est évoqué par Armand Schwartz (1881-1958) dans 1ère Fête jurassienne de tir, Moutier. En 1935, à l’occasion d’une votation sur l’augmentation des crédits militaires, Henry Meylan (1895-1980) montre deux soldats de la Première guerre mondiale, dans l’ancien uniforme, transmettant un message à une jeune sentinelle : Ceux de 1914 passent la consigne : oui. Cette affiche met en évidence le transfert d’expérience d’une génération à la suivante pour ne pas vivre les mêmes épreuves. Du point de vue de l’affiche et de la propagande, la situation durant la Deuxième guerre mondiale sera très différente. Ces deux exemples en résument de nombreux autres.

 

La Suisse découvre tardivement la puissance de l’affiche de propagande. Mais elle saura se rattraper. En juin 1918, encore en pleine guerre, à l’occasion de la votation fédérale sur un impôt fédéral direct, des affiches politiques illustrées viennent compléter les placards qui portaient exclusivement jusqu’alors le message des partis. Certaines réalisations sont d’emblée d’une férocité rarement atteinte depuis, comme celle de Hugo Laubi (1888-1959), Direkte Bundessteuer Ja !, interdite dans de nombreuses villes.

 

L’affiche politique illustrée devient un genre en soi. Les artistes – dont presque tous les acteurs nommés dans ces pages – s’y lancent en puisant largement leur inspiration dans l’iconographie développée en Allemagne surtout, mais aussi en Autriche, aux Etats-Unis et en France, ce qui explique la violence, la puissance et aussi la maturité qui la marquent immédiatement. L’affiche de Hugo Laubi citée ci-dessus et d’autres pour la même votation, les premières compositions de Noël Fontanet (1898-1982) s’inspirent directement du bestiaire monstrueux, des dessins antibolchéviques des affiches allemandes de guerre et de celles plus tardives de la République de Weimar. Dans son affiche électorale Nieder mit dem Bolschewismus ! Stimmt für die Liste der Fortschrittspartei (1919), un graphiste signant simplement « I.V. »[26]reprend l’image du chevalier terrassant un dragon – image qui a elle-même une longue histoire – développée par l’Autrichien Maxilian Lenz (1860-1948) dans son Zeichnet die sechste Kriegsanleihe (1917). Paul Hosch réalise en 1919 une affiche inspirée de James Montgomery Flagg (1877-1960), I want you for the US Army – qui a d’ailleurs été largement reprise dans le monde – : un visage impératif regarde le passant droit dans les yeux d’un regard hypnotique en pointant son doigt sur lui avec ces mots : Du wählst Brenner Niederhauser. L’affiche montrant une main rouge aux doigts crochus menaçant de s’emparer du pays de Charles-Edouard Goggler (1885-1976) Confiscation de la propriété, Non (1922) reprend celle de Lucian Bernhard, Schutz die Heimat (1919). Les exemples foisonnent. Par ailleurs, ces nombreuses compositions dramatiques n’empêchent pas le mouvement des affiches patriotiques de reprendre dès 1919 avec force. Celui-ci atteindra un nouveau sommet dès le milieu des années 1930 dans le cadre de la défense spirituelle de la Suisse.

 

L’affiche politique suisse plonge donc ses racines dans les compositions guerrières des pays belligérants de la Première guerre mondiale. Pendant plusieurs années, elle en est très influencée tout en développant peu à peu une iconographie propre. Elle y puise son caractère direct, impératif, sa violence. Depuis, elle connaît un succès ininterrompu, faisant de la Suisse le pays au monde le plus prolifique en matière d’affiches politiques.

 

Crédits photographiques :

Cabinet des estampes, Bibliothèque nationale suisse, Berne

Bibliothèque de Genève

Guido Tön, Zurich

 

[1] L’auteur remercie vivement les personnes qui l’ont aidé dans ses recherches : Monsieur Jürg Burlet, conservateur au Musée national suisse de Zurich, Monsieur Arnold Erni, conservateur de la collection « Otto Baumberger » à Bâle Madame Bettina Richter, conservatrice de la collection d’affiches au Museum für Gestaltung de Zurich, Monsieur Guido Tön, Zurich.

[2] Collection Henri Leblanc, Paris, Emile-Paul Frère, 1916-1922, 8 volumes.

[3] Schweizerische Kriegsgraphik, 1914-1920, Bern-Bümplitz, Benteli, 1921.

[4] Willy Hes, « Schweizerische Kriegsgraphik ». Dans : Das Plakat, 1917, Juli, pp. 210-213. Cet article est accompagné de nombreuses illustrations mais de relativement peu d’affiches. L’auteur évite toutes les images contre l’Allemagne qui pullulaient en Suisse romande. Il reprend et complète son article paru en en 1916 dans la revue allemande Ex Libris en 1916 (Ex Libris, Buchkunst und angewandte Graphik, Berlin, 1916, n° 3-4). Le rapport annuel pour 1916 (page 6) de la Bibliothèque nationale précise que sa collection a servi à ce dernier article.

[5] Les liens entre l’iconographie et l’histoire militaire suisse ont donné lieu à de nombreux travaux dont certains ont été passés en revue par Philippe Kaenel et François Vallotton en 2008 (Philippe Kaenel, François Vallotton, « Représenter la guerre en Suisse, du soldat au général ». Dans : Les images de la guerre (1914-1915), sous la direction de Philippe Kaenel et François Vallotton, Lausanne, Antipodes, 2008, pp. 7-38.

[6] Le catalogue de la Bibliothèque nationale en dénombre vingt-six. Huit nous sont restées introuvables.

[7] Affiches de texte le plus souvent réalisées en typographie.

[8] Cet auteur signale l’apparition du thème militaire dans les affiches publicitaires suisses, notamment de cigarettes. Nous n’en avons pas retrouvées.

[9] Jean-Charles Giroud, Les images d’un rêve, deux siècles d’affiches patriotiques suisses, Genève, Patrick Cramer Editeur, 2005.

[10] Critique de Louis Bron. Dans : Le Petit Suisse, Genève, 1e année, n° 10, 18 décembre 1914.

[11] Voir notamment : Jean-Jacques Langendorf, Face à la guerre : l’armée et le peuple suisses, 1914-1918, 1939-1945, Gollion, Infolio, 2007, pp. 107-109.

[12] F. Feyler, « Le Don national suisse ». Dans : Revue militaire suisse, 1927, n° 7, juillet, pp. 290-291.

[13] Ibid., p. 295 et ss.

[14] Le seul exemplaire connu, celui conservé à la Bibliothèque nationale suisse à Berne, mesure 69,5 x 50 cm.

[15] Il s’agit de sa seule affiche.

[16] De très rares affiches illustrées de bienfaisance viennent directement des soldats internés et ne montrent pas l’armée suisse, comme celle que Roger Gaspard, un artiste qui nous est inconnu, réalise pour la Soirée de gala au profit de l’œuvre des étudiants prisonniers de guerre, Genève (1917).

[17] D’autres affiches publicitaires naissent indirectement de la Première guerre mondiale. Celle-ci cause un tel marasme économique que des initiatives sont prises afin de soutenir les produits helvétiques. D’importantes manifestations prennent leur essor durant ces années. La Foire suisse d’échantillons de Bâle est organisée pour la première fois en 1917 ; elle provoque la création de nombreuses affiches dès l’année précédente. De même, le Comptoir suisse de Lausanne trouve ses origines dans le Comptoir vaudois d’échantillons de 1917. Là aussi, une célèbre série d’affiches prend naissance. La première Semaine suisse a lieu à Bâle en 1917 avec une affichette à laquelle succéderont de nombreuses autres puisque ce mouvement de promotion du commerce national existe toujours lui aussi.

[18] Voir à ce sujet : Sous le feu des propagandes, La Suisse face à la Première Guerre mondiale, Bibliothèque nationale suisse, Musée de la Communication, Cahier d’exposition, Berne, 2014, pp. 38-41.

[19] Aucun exemplaire n’a été retrouvé à ce jour.

[20] Otto Baumberger, Blick nach Aussen und Innen, Weiningen-Zürich, Johanna und Caspar Baumberger, 1966, p. 152-153.

[21] « L’armée suisse au Palace ». Dans : L’Express, 20 mars 1918, p. 3.

[22] Otto Baumberger a également travaillé pour Ferdinand Hodler.

[23] « L’armée suisse au cinéma ». Dans : L’Impartial, 8 avril 1918, p. 4.

[24] « Le don national du soldat ». Dans : L’Impartial, 21 mai 1918, p. 4. Cette affiche n’est pas sans rappeler celle du Français Auguste Leroux de 1917 pour le 3e emprunt de la défense nationale montrant un soldat français embrassant son enfant avant de repartir au front, sa femme à l’arrière-plan donne le sein à son nourrisson.

[25]  « Le don national du soldat ». Dans : Journal de Genève, 25 février 1919, p. 6.

[26] Affiche attribuée au Biennois Julius Voegtli (1879-1944) par la Bibliothèque nationale suisse.

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