presi-29

L’ « effet lunettes » dans les affiches des élections présidentielles françaises

Des lunettes, des affiches et des candidats-présidents

L’ « effet lunettes » dans les affiches des élections présidentielles françaises

1965-2012

Avec un complément pour les élections de 2017

 

Par Jean-Charles Giroud

 

Sur un mode léger, à partir d’un détail – les lunettes –, les lignes ci-dessous veulent montrer combien la communication politique est calibrée et calculée pour une influence maximale.

 

presi-33L’affiche joue un rôle capital dans la communication politique et garde une mission irremplaçable : résumer un message ou un programme en une image et un slogan. Difficile et ingrate mission ! Le grand format de l’affiche, sa présence dans la rue, son omniprésence, sa reprise dans les tracts en font une image de référence. Elle doit s’imprimer dans les esprits, rester dans les mémoires, influencer l’électeur. Bien qu’éphémère dans sa mission, elle reste souvent un repère auquel chacun peut retourner pour juger une action politique à l’aune des promesses. Elle est donc aussi un document et une source historiques.

Les affiches d’élections relèvent d’un genre presque immuable : la photographie du ou des candidats, un slogan court et synthétique, le nom du parti. Lorsque l’élection est aussi personnelle qu’une présidentielle, l’affiche présente un véritable portrait du candidat. Sa réalisation doit surmonter les plus grandes difficultés ne serait-ce que par l’importance de l’enjeu et la difficulté de l’originalité.

presi-31Tout ou presque a été tenté et, d’une élection à l’autre, les affiches peuvent se ressembler étrangement. Les couleurs dominantes, l’arrière-plan, les vêtements, la coiffure, le visage, tout compte. Un portrait réalisé par un peintre plonge dans l’âme humaine, révèle les sentiments les plus cachés. Dans une affiche électorale, il n’est qu’un masque dont rien ne peut être laissé au hasard.

 

Le regard et les lunettes

L’élection présidentielle oblige à des affiches centrées sur le visage du candidat ou sur le haut de son corps. Dans un modèle aussi imposé, chaque détail a son importance et est interprété. Le visage et son expression revêtent une grande importance. Les yeux traduisent le mieux les sentiments et les états d’esprit à transmettre. Le regard joue donc un rôle capital. Il devrait montrer que le candidat sait ce qu’il veut et où il veut aller. Il parle, il exprime, il imprime une direction, une dynamique. Il équivaut presque à une parole ; il est la dimension orale d’une affiche.

presi-30Mais il peut arriver que ce regard soit masqué par des lunettes qui entrent en interaction avec lui et en modifient le sens. Les lunettes révèlent d’abord une infirmité, un handicap de la vue qui ne peut que dévaloriser l’image du candidat. Elles sont un aveu de faiblesse et soulignent, par exemple, les dégradations physiques de l’âge, des problèmes de santé. Mais elles portent d’autres significations, plus positives : capacité au travail intellectuel, à la réflexion, profondeur de la pensée, solidité des convictions, maturité. A leur tour ces qualités si importantes pour un candidat à la fonction présidentielle peuvent se transformer en défauts : intellectualisme, personnalité complexe, refermée sur elle-même, éloignement du monde réel, action entravée par une réflexion trop poussée.

presi-32Sans distinction de sexe ou de parti, chaque candidat peut être tributaire d’une paire de lunettes. Sur ses affiches, il peut choisir de les porter ou non, de s’en servir dans sa communication ou non, par exemple en optant pour telle ou telle monture valorisant telle ou telle image. En principe, l’art du candidat – ou de son conseiller en communication – est de maîtriser positivement l’ « effet lunettes » et d’en faire un atout.

Comment cet effet est-il abordé et traité dans les affiches des élections présidentielles, celles qui disposent des budgets les plus importants en termes de communication ? Les lignes ci-dessous passent les élections de la Ve  République depuis la deuxième en 1965, celle de 1958 n’ayant pas eu lieu au suffrage universel et n’ayant pas amené, semble-t-il, la réalisation d’affiches.

 

Des candidats indifférents

Heureusement pour notre propos, chaque élection présidentielle au suffrage universel voit au moins un candidat à lunettes se présenter. La plupart du temps, ils sont plusieurs. A partir de leurs affiches, une catégorie d’entre eux se distingue d’emblée : ceux qui n’y attachent que peu ou pas d’importance.

 

prési-1Les plus marqués par cette attitude sont les candidats dont les affiches ne montrent même pas le portrait : RENÉ DUMONT (sans étiquette) en 1974 et PIERRE BOUSSEL (plus connu sous son pseudonyme de Pierre Lambert, Mouvement pour un parti des travailleurs) en 1988. presi-2Leurs affiches ne sont constituées que de texte, celui de leur programme. Aucune image ne vient les animer. Volontairement, ils mettent leur personne au second plan pour laisser place à leurs propositions politiques. Candidat en 1974, GUY HÉRAUD (Fédéraliste européen) va encore plus loin : il ne semble même pas publier d’affiches mais seulement un simple tract qui ne le montre pas.

 

presi-3En 1969, JACQUES DUCLOS (Parti communiste français) apparaît sur ses modestes affiches avec un modeste portrait. Le candidat joue sur une image rassurante, souriante, détendue. Les lunettes accentuent son image d’aimable papy. Erreur ! Si Jacques Duclos est de petite taille et plutôt arrondi, il est un orateur exceptionnel, un personnage rusé et volontaire. La simplicité des moyens de communication ne fait pas fuir les électeurs puisque Jacques Duclos rassemble 21,27 % des électeurs au premier tour. Il se place en troisième position, loin derrière Georges Pompidou avec 44,47 % mais très proche d’Alain Poher avec ses 23,31 %. De grandes et belles affiches n’assurent donc pas à elles seules le succès d’une élection.

 

presi-4En 1981, MICHEL DEBRÉ (divers droite gaulliste) choisit la même démarche, sans doute plus par obligation que par choix. Son affiche relève de la même sobriété que celle de Jacques Duclos, voire d’un amateurisme graphique qui en dit long sur ses finances. Lui aussi opte pour une image souriante et bonhomme, les lunettes accentuant cette impression. Mais avec 1,66 % des voix, une affiche aussi terne est cette fois-ci à la mesure du résultat des urnes !

 

Dans cette catégorie, il faut également citer MARCEL BARBU (sans étiquette), un candidat qui porte habituellement des lunettes notamment dans ses interventions télévisées liées à l’élection de 1965. Il y renonce sur son affiche.  Devant la pauvreté des éléments de communication de ce candidat quelque peu fantaisiste, il est difficile de savoir s’il s’agit d’un élément de communication volontaire, d’une coquetterie ou d’un oubli.

 

Mis à part Jacques Duclos, tous ces candidats n’atteignent que des scores modestes. L’élection présidentielle leur offre d’abord un espace d’expression. Leurs idées ont plus d’importance que leur portrait. Le peu d’importance qu’ils attachent à leurs lunettes s’explique sans doute par des questions plus importantes à régler. Ils ne disposent en tout pas de  conseiller en communication. C’est sans doute là un de leurs rares points communs !

 

Alain Krivine, un pionnier

 

presi-6
ALAIN KRIVINE (Ligue communiste) témoigne d’une attitude partagée vis-à-vis de ses lunettes à grosse monture qu’il porte lors des deux élections auxquelles il participe. En 1969, Il montre un soin particulier à en tirer parti. Ses lunettes lui donnent un air de théoricien de gauche, d’universitaire hors-sol qui se manifeste clairement dans une de ses affiches (Continuez le combat, votez Krivine). presi-5Mais dans une autre liée à un meeting (Seul le combat paiera, meeting international), son portrait est retravaillé graphiquement de manière à enlever les demi-tons pour en accentuer le contraste, donc le durcir. Si Alain Krivine porte toujours ses lunettes, il regarde au loin, vers l’avenir. Son image d’intellectuel est équilibrée par une bouche ouverte dont on devine qu’elle crie, qu’elle combat par la parole.

 

Ce portrait associe donc la réflexion et l’action et montre un personnage autant habité par ses idées qu’impliqué dans un engagement militant concret. Cette affiche est une grande réussite. Elle est construite entièrement sur le sens de la lecture, donc de gauche à droite, ce qui lui donne une bonne lisibilité. Le texte figure le discours que donne le candidat. Sa simplicité volontaire, son graphisme l’associent aux affiches de contestation dont c’est la grande époque. Elle évoque les célèbres portraits de Che Guevara qui illustrent alors tant d’affiches sauvages.

 

presi-7Aux élections de 1974, Alain Krivine semble attacher moins d’importance à son image au point qu’il reprend exactement la même photographie qu’en 1969, ce qui est à nouveau une première et reste un cas unique. Mais, contrairement à ce qui s’était passé alors, il la montre sans intervention graphique (Krivine candidat du front communiste révolutionnaire). Sa personne est de toute évidence devenue secondaire. Le titre de l’affiche ne comporte même pas son prénom et fait l’économie des majuscules, donc des noms propres, ce qui banalise chaque terme. Sa photographie accompagne simplement un texte long et touffu, sans doute peu lu tant sa lecture paraît ardue mais qui constitue la partie la plus importante de l’affiche.

 

Cachez ces lunettes que je ne saurais voir

 

Certains candidats cherchent à atténuer l’effet des lunettes sur leur visage, en particulier depuis que la mode offre des montures invisibles qui ne nécessitent plus le cerclage des verres. Le sens du regard peut s’affirmer plus facilement.

 

presi-7En 1995, c’est le choix LIONEL JOSPIN (Parti socialiste). Ses lunettes sont presque invisibles dans l’affiche du premier tour (Avec Lionel Jospin c’est clair). Tout est dans son regard droit et direct en accord avec le slogan. L’affiche est relativement froide, dominée par les tons gris. presi-8Pour le deuxième tour, le candidat opte pour une affiche très différente (Lionel Jospin, le président du vrai changement). L’arrière-plan orangé, le slogan émeraude sur fond bleu donnent des couleurs vivantes à l’ensemble.  Présenté de trois-quarts, le visage de Lionel Jospin donne plus d’importance aux lunettes. Son regard part dans le lointain. Mais, malgré les couleurs, Lionel Jospin garde toujours son image un peu froide.

 

presi-10En 2002, avec son affiche Présider autrement, il se présente de manière plus détendue et sereine.  Il amorce un demi-sourire et son regard part vers le lointain. Pour laisser parler son visage, les lunettes se doivent d’être plus discrètes. Elles restent cependant bien visibles. presi-9Pour son affiche du deuxième tour (Présider autrement, Une France plus juste) – qui n’a évidemment pas été utilisée –, elles deviennent encore plus discrètes pour laisser tout son effet au regard direct du candidat vers le spectateur.

 

Dans cette même élection, JEAN SAINT-JOSSE (Chasse, pêche, nature et traditions) pousse la discrétion encore plus loin puisque ses lunettes sont presque invisibles. Lui aussi aimerait pouvoir regarder l’électeur droit dans les yeux et sans artifice. MARIE-GEORGE BUFFET (Parti communiste français), en 2007 comme en 2012, JACQUES CHEMINADE (sans étiquette) en 2012, adoptent également les montures invisibles en cherchant à limiter « l’effet lunettes ».

presi-11                       presi-12

 

presi-13Cette discrétion est le choix de FRANCOIS HOLLANDE (Parti socialiste) en 2012. Si souriant d’habitude, il se présente sous l’image très lisse d’un candidat attentif, sérieux, voire grave, qui a pris la mesure de la fonction convoitée. Aucune dimension anecdotique ne doit venir parasiter cette démarche dont le regard direct et profond est un des fondements. Mais ce visage dégage une impression mystérieuse, énigmatique que, paradoxalement, cette demi-présence de lunettes associée à un demi-sourire vient renforcer. presi-14La rupture d’avec l’image habituelle du personnage provoque un trouble. Une fois élu, François Hollande garde ces lunettes pour son portrait officiel. Mais il ne tarde pas à opter pour de nouvelles montures en plastique noir beaucoup plus visibles. Celles-ci sont d’autant plus remarquées qu’elles ne sont pas de fabrication française mais danoise ! François Hollande choisit donc une nouvelle image de lui-même, différente de celle du candidat et il le montre notamment à travers ses lunettes.

 

Les candidats qui utilisent l’effet « lunettes »

presi-15

Avec son visage plutôt rond, sa barbe, son sourire, ROBERT HUE (Parti communiste français) dégage une sympathie naturelle. Ses lunettes ajoutent une dimension intellectuelle qui donne à son image un sérieux de notable conservateur. Ses affiches de 1995 et 2002, sans accorder une importance particulière à ses lunettes, en jouent dans la mesure où elles mettent en valeur une telle image. presi-16Robert Hue y est montré en discussion avec d’autres personnes, c’est-à-dire en contact avec les vraies gens, le vrai monde, les vrais problèmes. Dans ce contexte, les lunettes semblent souligner sa capacité d’écoute, d’attention et de réflexion.

 

Durant la campagne de 1995, Robert Hue partage le rôle de candidat avec lunettes avec Lionel Jospin. Dans cette catégorie, il a l’avantage de bénéficier d’une image plus chaleureuse.

 

Porter ou non des lunettes

 

Deux candidats, Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, montrent toute l’attention qu’ils portent à l’ « effet lunette » par des affiches où ils les mettent ou les enlèvent selon les objectifs de communication recherchés.

 

presi-18Pour la campagne présidentielle de 1981, JACQUES CHIRAC (Rassemblement pour la République) porte les lunettes à monture d’écailles qui font partie de son personnage, de son style. Il les a souvent montrées sur ses affiches dans d’innombrables situations. Son image est alors très contemporaine. presi-18Par ces lunettes et leur épaisse monture, les qualités de volonté, d’action et d’énergie qui émanent de son visage s’enrichissent d’une utile touche d’intellectualité. Dans les diverses affiches du premier tour, elles jouent ce rôle important. La plupart montrent en gros plan son visage qui exprime compétence et professionnalisme en particulier quand il est assis à son bureau.

 

presi-19Jacques Chirac cherche d’ailleurs à changer cette image peut-être un peu raide. Dès octobre 1981, il opte pour de nouvelles montures à la suggestion de son conseiller en communication. Pour la campagne présidentielle de 1988, il les abandonne suite au relookage souhaité par sa fille Claude. Le changement est spectaculaire. Son image devient plus directe, plus naturelle. presi-20Dans les affiches, sa personnalité est alors tempérée par une maturité, une sérénité que mettent en valeur les couleurs chaudes, l’air apaisé, le sourire mystérieux d’une Joconde que reprendra d’ailleurs François Hollande en 2012. Le 14 novembre 2005, à la faveur d’une intervention télévisée, il apparaît à nouveau avec ses lunettes. Les années ont passé, la santé aussi. Les lunettes n’ont plus rien de valorisant. Elles témoignent cruellement de la fatigue d’un corps qui n’a guère été ménagé. Les exigences de l’âge et d’une vue qui baisse l’emportent sur toute coquetterie. Le prompteur doit être lu !

 

presi-21JEAN-MARIE LE PEN (Front National) tisse avec les lunettes des liens aussi serrés que ceux de Jacques Chirac mais en sens inverse dans la mesure où, à une certaine époque, il les adopte pour ne plus les quitter. Lors de la campagne présidentielle de 1974, il n’en porte pas. Il renonce également à son fameux bandeau masquant l’œil perdu lors d’une opération en 1965, bandeau qui lui donne un air de mauvais garçon. Il lui préfère un accueillant sourire. Il en va de même en 1988. Les lunettes apparaissent durant la campagne de 1995. En restant fidèle à un sourire marqué – dont il faut souligner la rareté dans les affiches présidentielles –, il choisit comme Jacques Chirac en 1981 une grande et épaisse monture d’écailles qui occupe une part non négligeable de son visage. Ces lunettes lui donnent une aura intellectuelle qui n’est pas liée naturellement à son personnage. Elles expriment une maturité venue avec l’âge. A travers ses affiches d’élections présidentielles, son image est, avec celle de Robert Hue, une des plus avenantes et des plus sympathiques.

 

presi-22En 2002, Jean-Marie Le Pen quitte son sourire pour une figure plus grave. Dans son affiche La France et les Français d’abord, il apparaît en pleine déclaration, la bouche ouverte, les yeux à demi-fermés, concentrés sur les propos tenus. Comme souvent, les lunettes soulignent le sérieux de son attitude dans la conquête du pouvoir. Sans doute surpris d’être présent au second tour, il fait réaliser une nouvelle affiche dans l’urgence. Grâce à cette probable improvisation, Jean-Marie Le Pen dispose d’une des affiches les plus originales jamais collées sur les murs lors d’une élection présidentielle (Le Pen Président). presi-23Pour son duel avec Jacques Chirac, il casse radicalement son image. Décontracté, en pullover et sans cravate, il ne regarde plus l’électeur dans les yeux, directement, impérativement mais au loin. Son visage est rieur, posé sur sa main fermée. Le tout est en noir et blanc. Sa volonté de spontanéité, de joie dans l’instant est renforcée par l’abandon de ses lunettes comme si celles-ci contrariaient un tel message. presi-24Cette affiche semble répondre à celle de Jacques Chirac (La France en grand, la France ensemble) qui le montre dans la foule, saluant d’une main. La cohabitation de ces deux publicités sur les murs donne à ce deuxième tour un air de bonheur rare !
Pour la campagne de 2007, Jean-Marie Le Pen semble s’inspirer d’ailleurs de cette dernière affiche. Il a remis ses lunettes, reprend son sourire et se présente dominant une foule et saluant de manière familière le spectateur-électeur.

 

Les lunettes « fashion » d’Eva Joly

 

presi-25En 2012, EVA JOLY (Europe Ecologie Les Verts) fait de ses lunettes un instrument de communication exceptionnel. Elle est la candidate qui va le plus loin en la matière. Elle choisit avec le plus grand soin ses montures pour leur donner un effet maximum.

 

presi-26Elle prend des verres relativement petits, des montures à la mode, aux couleurs voyantes. Sur les affiches de la primaire, elle opte pour une monture rouge qui rappelle sans doute la couleur de la gauche. Par contre, pour le premier tour, la monture est verte, couleur de l’écologie. Eva Joly ne regarde jamais à travers ses lunettes qu’elle semble réserver au travail. Elle les porte à la main ou les garde sur le nez tout en regardant l’électeur par-dessus, directement, droit dans les yeux avec un rien d’humour et de complicité qui donnent à ses affiches une grande fraîcheur.

 

presi-27Ses lunettes ne sont finalement jamais utilisées. Elles signifient simplement qu’Eva Joly est toujours au travail mais qu’elle consent à s’interrompre un instant pour la prise de vue. Elle retournera immédiatement à son dossier une fois la photographie réalisée, donc nul besoin de les poser sur une table. Grâce à cette mise en scène, les lunettes qu’elles soient rouges ou vertes continuent donc de symboliser le travail intellectuel ! Eva Joly souligne également qu’elle est, malgré des rides assumées, une femme de son époque qui sait choisir une image actuelle. Ses lunettes font partie intégrante de son personnage. Mais la reprise assez systématique de cette manière sur ses diverses photographies peut la faire passer pour une recette de communication et lui donner un caractère de superficialité, au contraire évidemment de l’objectif initial.

 

D’un seul coup, Eva Joly ringardise bien des affiches électorales, notamment celles de François Hollande à la même élection. Mais ses chances inexistantes d’accéder à la magistrature suprême lui donnent une liberté dont, heureusement, elle n’hésite pas à s’emparer.

 

Un trio de tête mais aucun président

 

Toutes ces affiches sont plus avenantes les unes que les autres mais elles cachent des programmes politiques bien différents même quand les vêtements ne diffèrent que par la couleur de la cravate ! Heureusement, l’électeur disposent des autres médias pour s’informer des propositions et des promesses des uns et des autres. Là aussi, des surprises sont à prévoir !

Ces quelques lignes ne concernent que les affiches officielles. Elles ne tiennent pas compte des candidats officieux, des innombrables caricatures, fausses affiches ou détournements qui affublent tel ou tel candidat de lunettes particulièrement expressives ou ridicules, comme Nicolas Sarkozy et ses Ray Ban à verre miroir ou François Bayrou avec des lunettes de fantaisie sur des affiches de la marque Krys.

Quoi qu’il en soit, les trois candidats ayant le plus utilisé les lunettes comme un moyen de communication restent Jacques Chirac, Eva Joly et Jean-Marie Le Pen, l’ordre de citation n’ayant pas de signification particulière. Aucun n’a été élu lors de l’élection à laquelle il s’est présenté avec des lunettes. De plus, le seul candidat élu de cette catégorie est François Hollande qui choisit justement des lunettes peu visibles. Cela signifierait-il que porter des lunettes porte malchance en matière d’élection présidentielle ? Dans ce domaine, si beaucoup se sentent appelés un seul est élu. Rien ne prouve que leurs lunettes aient été pour quelque chose dans leur échec. Il reste donc de l’espoir pour tous les candidats concernés.

Pour conclure avec un souhait (ou un regret, si cela n’arrive pas), il serait heureux que Michel Charasse (Parti socialiste) se lance dans la bataille. Avec ses deux paires de lunettes portées en même temps, l’une dans les cheveux ou sur le front, l’autre sur le nez, il donnerait un air de jamais vu à ses affiches électorales et entamerait un nouveau chapitre de l’« effet lunettes ».

 

presi-28

 

Complément pour les élections présidentielles de 2017

Situation au début février 2017

A 70 jours du premier tour de l’élection présidentielle, les candidats pensent-ils déjà à leurs affiches ? Sans doute ont-ils d’autres priorités : la mise au point de leur programme, les meetings, les interviews, la recherche des parrainages. Pour ce qui concerne les candidats portant des lunettes, la situation n’est pas très encourageante.  Nous avons été déçu de la décision du Président FRANCOIS HOLLANDE de ne pas solliciter un deuxième mandat. Rien n’aurait été plus intéressant que de comparer son port de lunettes en 2012 à celui de  2017.

Malheureusement, la primaire de la droite et du centre n’a présenté aucun candidat qui puisse retenir notre attention. La seule note d’espoir réside en MICHELE ALLIOT-MARIE, porteuse de lunettes. Elle devrait donc en montrer sur son affiche. Mais arrivera-t-elle à réunir tous les parrainages ? Pour notre propos, nous l’espérons.

Au Front National, MARINE LE PEN ne présente pas pour nous d’intérêt.

A gauche, la situation vaut mieux, elle est même enthousiasmante par certains aspects. La primaire de la Belle Alliance populaire a confronté plusieurs candidats ayant des relations particulières avec leurs lunettes. Ils sont présentés ci-dessous dans l’ordre alphabétique.

Sans porter des lunettes en permanence, BENOIT HAMON en a besoin, semble-t-il, pour lire et écrire. Il établit avec elles une relation particulière qui paraît assez spontanée. Sans les utiliser expressément dans sa communication, il les porte parfois pour un discours montrant par là qu’il est fidèle à ses notes, qu’il n’improvise pas et que ses propositions résultent d’une réflexion sérieuse. Il peut même en parler publiquement pour signaler qu’il les a perdues puis retrouvées. Elles sont à la fois importantes et secondaires. Benoît Hamon veut faire savoir qu’il en porte dans les moments de concentration mais qu’il peut aussi s’en passer. Il justifie, par exemple, son projet de revenu universel par des recherches d’économistes renommés que de toute évidence il a lues. Le candidat montre ainsi qu’il est capable de travaux intellectuels pointus mais qu’il sait laisser dominer l’homme d’action sachant appliquer un programme audacieux et discuté.

(pour aller plus loin : http://www.lexpress.fr/tendances/mode-homme/suivez-les-lunettes-de-benoit-hamon-sur-twitter_1872384.html , http://www.20minutes.fr/high-tech/2004095-20170127-lunettes-benoit-hamon-font-show)

ARNAUD MONTEBOURG présente un profil presque semblable quant au port de lunettes mais avec plus de mise en scène. Il fait de celles-ci un vrai moyen de communication. Un site web leur est même consacré (http://arnaudmontebourgetseslunettes.tumblr.com/). Ses lunettes lui permettent de prendre des poses, des attitudes, d’occuper ses mains, sa bouche. Il les met, les enlève. Avec ses lunettes, il apparaît plus théâtral que Benoît Hamon mais les deux candidats restent proches dans leur volonté d’exprimer publiquement leurs deux facettes (qui sonnent comme le titre d’un manuel de philosophie), la réflexion et l’action.

VINCENT PEILLON, a pris l’habitude de porter des lunettes à l’époque où il était ministre de l’éducation nationale de 2012 à 2014. Ce look intellectuel lui convient. Il est d’ailleurs mérité puisqu’il est titulaire d’un doctorat en philosophie et enseigne à l’Université de Neuchâtel. Avec ses lunettes, son visage exprime l’intelligence, la réflexion, la clarté des idées, la conviction tranquille, le respect des convenances. Mais le sérieux de son image résonnait mal avec son obstination à soutenir – contre toute évidence – que sa candidature résultait d’une longue maturation. Qui a-t-il convaincu ?

Benoît Hamon, vainqueur de la primaire, posera-t-il avec ses lunettes pour son affiche ? Ne donnerait-il pas trop d’importance à la dimension intellectuelle ? Mais les électeurs de gauche pourraient y être sensibles ? Avec ses conseillers, il devra trancher la question. Qui vivra verra.

Dans notre perspective, JEAN-LUC MELENCHON reste notre candidat préféré tant il se montre souvent avec ses lunettes. Que fera-t-il pour son affiche en 2017 ? Celle de 2012 était largement basée sur son regard vers les horizons lointains : un homme qui vient de loin et qui voit loin. Des lunettes auraient affaibli ce message. Mais en 2017, il devrait sans doute en porter puisqu’elles semblent désormais faire partie de son image. Nous nous réjouissons de la voir.

Les autres candidats ne portent pas de lunettes. A ce stade, la gauche nous apparaît comme plus prometteuse que la droite. Mais les coups de théâtre ne manquant pas, nous restons attentif à l’évolution de la situation.

Le 6 février 2017

Les affiches officielles sont placardées !

(photographies prises devant la mairie de Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) le 10 avril 2017)

001 (2)

 

Le lundi 10 avril les affiches officielles des onze candidats sont placardées. Influenceront-elles les électeurs ? Sans doute pas vraiment. Elles ont plutôt un rôle symbolique et affirment la présence des prétendants à la présidence dans la rue, dans cet espace populaire par excellence. Les places, les rues de France accueillent les candidats. Chacun peut désormais les regarder droit dans les yeux.

aaacheminadeDeux candidats se présentent aux citoyennes et aux citoyens avec des lunettes, JACQUES CHEMINADE et JEAN-LUC MELENCHON. Le premier a choisi sur une curieuse affiche qui lui coupe le sommet du crâne. Cas sans doute unique dans les élections de la Vème République. Pourquoi un tel cadrage qui défigure en quelque sorte le candidat ? Pourquoi veut-il cacher le sommet de sa tête ? Il ne s’agit pas de disposer de plus de place pour un texte relativement long. Né en 1941, JACQUES CHEMINADE est le candidat le plus âgé de cette élection présidentielle. Son âge pose un problème évident au cas éventuel où il serait élu. Par ce curieux cadrage, il veut peut-être rajeunir son visage en montrant le moins possible de cheveux blancs. Cette hypothèse est confortée par ses lunettes. Il
un modèle invisible pour les rendre inaperçues et éviter un signe interprété comme lié à l’âge. Montrer moins de cheveux blancs, opter pour des lunettes pour atténuer des marques de vieillesse. Pourquoi le candidat n’est-il pas en mesure d’assumer son âge en face des électeurs ? JACQUES CHEMINADE veut faire oublier ses lunettes et son âge.

JEAN-LUC MELENCHON fait exactement le contraire. En 2012, il ne portait pas de lunette sur sa fameuse affiche. Cinq ans ont passé, il doit désormais en porter. Il assume sa situation et, sans opter pour des montures très voyantes, il porte ses lunettes avec aisance. Elles lui donnent une maturité certaine, celle-là même que de nombreux observateurs ont remarqué dans son attitude et son programme. Son affiche s’inscrit aussi dans cette évolution personnelle. Il est moins théâtral, moins habité qu’en 2012. Son affiche est moins agressive et, paradoxalement, plus expressive. Il semble plus paisible mais n’est-ce peut-être là qu’une impression…

aaamelenchon

L' »effet lunette » va-t-il influencé les élections présidentielles ? Peut-être tant la remontée dans les sondages  de JEAN-LUC MELENCHON est-elle due à ses lunettes ? L’hypothèse doit être examinée avec attention. Nous le verrons au soir du 23 avril prochain.

001 (3)

Le 21 avril 2017

 

Un deuxième tour sans candidat portant des lunettes

Nous n’avons pu que constater que le premier tour des élections ont qualifié deux candidats sans lunette. Est-ce à dire que ceux qui en portaient aient pu être désavantagés par elles ? Nous n’osons le croire mais ne pouvons nous prononcer avec certitude. Dans cette situation, l’élection présidentielle 2017 perd soudain pour nous une bonne part de sa pertinence. Peut-être que l’un ou l’autre candidat porterait des verres de contact ? Nous n’en savons rien mais si c’était le cas, notre intérêt trouverait un nouvel élan.

Cette fin d’élection est riche en nouvelles dont l’une nous concerne :  l’équipe de François Fillon, candidat Les Républicains au premier tour, a commandé 15.000 lunettes à sourcils. Devant le risque de critiques probables, l’objet n’a heureusement pas été distribué. Nous désapprouvons une telle initiative qui place le port d’une paire de lunette au rang d’un amusement électoral. Nous rappelons qu’il s’agit d’un dispositif médical visant à corriger un handicap visuel. Nous reconnaissons cependant l’humour de la démarche qui n’est pas sans nous déplaire !

(voir à ce sujet, par exemple : http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/candidats-et-programmes/campagne-de-francois-fillon-les-lunettes-a-sourcils-auxquelles-vous-avez-echappe-03-05-2017-6911733.php ou http://www.lepoint.fr/presidentielle/les-lunettes-a-sourcils-de-fillon-que-vous-ne-verrez-jamais-03-05-2017-2124392_3121.php, ce dernier article nécessite un abonnement)

Le 2 mai 2017

 

Pour aller plus loin

Jean-Marc et Philippe Benoit, Jean-Marc Lech. La politique à l’affiche, et publicités politique 1965-1986. Paris, Editions du May, 1986.

Alain Guillemin. La politique s’affiche, Les affiches de la politique. Paris, Didier Erudition, 1991.

 

Sites internet

http://www.lunettesde.com/ (donne de nombreuses informations sur le style des lunettes de personnalités mais peu de politiques sont représentés)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *