Des affiches politiques qui se ressemblent !

Des affiches qui se ressemblent

Jean-Charles Giroud

Dans le domaine de la publicité, du graphisme ou de la communication, tout n’est qu’un éternel recommencement. Est-il possible d’être original alors que depuis des siècles les commerçants cherchent le meilleur moyen pour se démarquer de la concurrence, la meilleure idée pour faire connaître leurs produits. Souvent, une idée qui paraît originale aujourd’hui n’est que la reprise d’une autre déjà utilisée, parfois bien des décennies auparavant !

L’originalité est donc des plus difficiles. Il peut donc arriver que des affiches – pour ne prendre qu’elles – se ressemblent étrangement, parfois volontairement, parfois involontairement, sans tomber pour autant dans le plagiat.

 

Deux affiches suisses qui se répondent

En 1937, le peuple suisse est amené à se prononcer sur une initiative populaire destinée à interdire la franc-maçonnerie. Cette proposition est lancée par les milieux d’extrême-droite emmenés par Arthur Fonjallaz (1875-1944) – d’où le nom d’« Initiative Fonjallaz » –, Georges Oltramare (1896-1960) et Gottlieb Duttweiler (1888-1962), le fondateur de la Migros. L’initiative – qui est également nommée « Initiative frontiste » – est nettement repoussée par le peuple suisse.

poster_211083_zposter_111020_zComme à chaque votation, les affiches pullulent. L’Entre-deux-guerres n’est pas, en politique suisse aux demi-mesures. Le débat est violent, les passions déchaînées. Un des meilleurs graphistes politiques suisses, le Genevois Noël Fontanet (1898-1982), membre actif de l’Union nationale, un parti d’extrême-droite, produit en faveur de l’initiative – donc de l’interdiction de la franc-maçonnerie – une affiche exceptionnelle dans son raccourci, dans l’utilisation des images, des préjugés et des représentations sociales : le pied d’un Suisse de l’Helvétie héroïque – peut-être Guillaume Tell – détrône la statue d’un frère maçon masqué sous sa cape, surpris sans doute en plein complot financier puisque le socle est un coffre-fort, au milieu des symboles maçonniques.
En Suisse alémanique, un autre affichiste de renom, Hugo Laubi (1888-1959) prend la position contraire dans une autre affiche en faveur de la maçonnerie, et plus largement, du droit d’association. La curiosité est que les deux affiches reprennent exactement la même situation à quelques éléments près. C’est désormais une botte évoquant les uniformes fascistes qui renverse la statue de Guillaume Tell et son fils, celle de Stans, un des éléments identitaires helvétiques les plus solides.

La volonté de se copier est évidente, les mêmes armes sont utilisées. Les deux affiches se répondent, sont diffusées en français et en allemand, couvrent les murs de la Suisse entière, deviennent célèbres.

Mais qui a dégainé en premier ? Pour le moment, le mystère reste entier !

 

Deux affiches françaises qui s’interpellent

botte2botte1Une quinzaine d’années plus tard, deux affiches politiques très proches paraissent en France. La botte ne renverse plus une statue de son socle. Elle se réfère plutôt à une expression alors pleine de sens après les années d’occupation, « être sous la botte ».

Le Parti communiste français, alors au faîte de sa puissance, diffuse une puissante affiche rappelant les heures sombres de la guerre, le monde en feu sous la botte nazie. Pour éviter cela, il faut voter pour le Parti communiste. Tout le monde n’est pas d’accord. Le mouvement anticommuniste « Paix et liberté », très actif dans les années 1950, publie une affiche qui lui répond. La botte n’est plus nazie. Elle porte le marteau et la faucille et évoque, durant ces années de guerre froide et de débat politique violent, une éventuelle invasion soviétique.

Une fois encore, qui commence et qui répond ? Des hypothèses peuvent être émises.

Mais, pour ce qui concerne les présentes lignes, c’est la ressemblance entre les affiches et surtout entre les deux couples d’affiches qui témoignent des mêmes démarches de communication, de la même utilisation des symboles et la volonté de s’emparer des armes de l’adversaire pour les retourner contre lui.

Tout n’est bien qu’éternel recommencement comme d’ailleurs le montre cette affiche néerlandaise de contestation de 1978.

 

images qui se ressemblent

 

 

 

 

 

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